e mërkurë, 20 shkurt 2008

ENJEUX D'UN ASSASSINAT


ASSASSINAT D'IMAD MOUGHNIEH:
LES ENJEUX IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES

Le 12 février 2008, Imad Moughnieh, un haut responsable militaire du parti chiite libanais, le Hezbollah, a été tué dans un attentat à Kfar Soussa, dans la capitale syrienne, Damas, par une bombe placée, semble-t-il d'après certaines sources d'informations israéliennes, dans l'appui-tête de son 4X4 de marque Mistsubishi Pagero. Cet assassinat peut sembler un événement anodin vu le nombre de morts qui tombent tous les jours par dizaines, victimes de l'agression américaine en Irak, de la guerre en l'Afghanistan(rien que la journée du 17 février, 90 morts dans la ville de Kandahar) et de la résistance en Palestine à l'occupation israélienne. Mais le lieu de l'assassinat, en l'occurrence la capitale syrienne et la date de son exécution, soit deux jours avant la commémoration du troisième anniversaire de la mort de Rafic Hariri suscitent bien des interrogations et l'on peut se demander si ces deux événements, quand bien même ils sont éloignés dans le temps l'un de l'autre, ne font pas partie d'un plan visant à redessiner une nouvelle carte politique du Moyen Orient et à modifier les frontières de ses États nés au lendemain de la première Guerre mondiale sur les décombres de l'empire ottoman.
IMAD MOUGHNIEH, CET INCONNU
Mises à part les circonstances de l'assassinat d'un haut responsable militaire du Hezbollah, la personnalité d'Imad Moughnieh demeure tout de même une énigme, car il n'existe jusqu'à sa mort aucune preuve matérielle de son implication dans les actions terroristes au Liban et ailleurs durant les années quatre-vingts et quatre-vingts-dix du siècle dernier. Ce que nous savons de lui, ce sont des informations fournies par les services de renseignement américains et israéliens. Il suffit de se reporter aux publications spécialisées et les journaux anglais et américains(par exemple le New York Times du 15 février 2008) pour s'apercevoir que tout ce qui a été dit à propos de Moughnieh, se réduit à un faisceau de spéculations et des hypothèses qu'aucun fait ou événement matériellement constaté ne venait corroborer. On a attribué à c et ancien responsable militaire du Hezbollah, une série d'attaques, d'attentats et d'enlèvements survenus durant les années quatre-vingts du siècle dernier:attentat contre l'ambassade des USA à Beyrouth(63 morts) et contre l'immeuble abritant dans la capitale libanaise les marines américains et les soldats français (141 morts) en 1983; prise d'otage et torture du directeur de l'antenne de la CIA à Beyrouth, William Buckley mort d'une pneumonie en 1984; détournement du vol 847 du TWA au cours duquel un soldat de l'US Navy a été tué en 1985; attaque à la bombe contre l'ambassade israélienne à Buenos aires en 1992 et attaque suicide à la bombe contre le centre culturel de la communauté juive également à Buenos aires en 1994; instigateur des prises d'otages occidentaux au Liban; fondateur de cellules terroristes en Europe et en Amérique latine etc.
Si ces informations nous semblent invraisemblables voire tendancieuses, c'est parce qu'elles émanent essentiellement des services secrets occidentaux et du Mossad israélien qui, bien qu'ils soient astreints à l'objectivité et à la neutalité dans la manière de rapporter les informations, sont souvent des véritables usines à fabriquer de la propagande et de la désinformation. Si ces accusations ne résistent pas à l'examen critique, c'est parce que de l'accusé, il n'y a jusqu'à sa mort le 12 juillet, ni images ni déclarations publiques dans les médias arabes et internationaux contrairement aux dirigeants d'Al-Qaida, comme Ben Laden et Iman AL-Zawahiri qui, eux, sont des spécialistes de la communication politique. De l'aveu même d'un ex-agent de la CIA, Robert Baer, il y a peu de choses sur la vie d'Imad Mougnieh qu'il qualifie de personnage fantôme (Council on Foreign Relations, 15 février 2005) La seule image d'Imad Moughnieh est une photo datant de 20 ans prise par la FBI qui affirme, sans aucune preuve à l'appui, que ce dernier avait depuis changé plusieurs fois de look par des interventions chirurgicales. Avant d'envahir l'Irak, les services secrets américains spécialisés dans l'intoxication des opinions publiques répandaient les mêmes histoires à propos de Saddam Hussein qui, paraît-il, pratiquait le même déguisement. Il est tout de même étonnant de la part de la CIA qui établit habituellement un dossier exhaustif sur chacune des personnes suspectes d'atteinte à la sécurité et aux intérêts des USA, produise des informations si imprécises et si fragmentaires sur quelqu'un qui, de surcroît, était accusé de la mort des centaines de citoyens américains et figurant sur la liste des 22 terroristes les plus recherchés au monde après les événements du 11 septembre 2001. En tout cas, concernant les éléments biographiques d'Imad Moughnieh, on est réduit à des supputations et des pures hypothèses.
Pourquoi y-a-t-il peu de choses sur la vie d'Imad Moughnieg ? Cela est dû au fait qu'il n'était pas ce dangereux terroriste tel qu'il est décrit par la CIA et le Mossad à qui ils attribuent des actions terroristes sans apporter la moindre preuve de son implication. On ne peut donc qu'émettre des sérieux doutes sur la précocité du génie militaire d'un jeune homme qui avait à peine vingt ans à l'époque des faits. Certains anciens responsables du Mossad reconnaissent eux-mêmes ces derniers jours qu'ils n'avaient pas assez d'informations sur Moughnieh, pour en faire une de leurs cibles potentielles à abattre. On peut supposer par ailleurs que si le nom de Moughnieh avait été cité durant les années quatre-vingts du siècle dernier comme étant l'ami personnel de Yasser Arafat et de l'OLP, cela pouvait être dans le but de donner de l'OLP et de son dirigeant Yasser Arafat, l'image d'une organisation terroriste alliée à d'autres groupes terroristes libanais, ce que les Israéliens à toujours cherché à propager dans les opinions publiques occidentales. La légende d'un Imad Moughnieh, dangereux terroriste, aurait pu être aussi sciemment fabriquée par les services de renseignements de l'OLP pour créer diversion et pour faire croire aux Israéliens et aux Américains à l'existence de groupuscules clandestins libanais prêts le cas échéant à frapper leurs intérêts partout dans le monde. Pour une reconstitution réaliste de l'itinéraire d'Imad Moughnieh, ce serait plutôt sa participation durant les années 1990 dans la mise en place de la branche militaire du Hezbollah et sa lutte contre les Israéliens qui ont contribué à forgé sa légende et sa notoriété de stratège surtout avec le retrait de l'Etat Hébreu du sud Liban en mai 2000 après dix-huit ans d'occupation. C'est aussi durant cette période qu'Imad Moughnieh aurait tissé des liens avec l'Iran et les services secrets iraniens pour la fourniture d'armes et de renseignements au Hezbollah libanais. Imad Moughnieh était peut-être pour l'Occident un dangereux ou un apprenti terroriste mais pas un résistant libanais confronté à l'occupation de son pays. Pourquoi Imad Moughnieh, originaire du Sud Liban, qui avait à lutter pendant dix-huit ans pour libérer sa terre de l'occupation israélienne serait-il un parfait terroriste alors que les Français qui luttaient contre les occupants nazis figurent bien dans les manuels d'histoire comme des résistants? Menahim Begin a commencé sa carrière comme terroriste dans la Hagannah en massacrant des palestiniens à DAR YASSIN et il l'a terminée en héros national en Israël.
L'assassinat d'Imad Moughnieh le 12 février 2008 à Damas dans la capitale syrienne porte sans aucun doute la marque du Mossad israélien, car le procédé consistant à remplacer l'appui-tête par un autre contenant un explosif très puissant fait partie de ses techniques habituelles. Mais cet assassinat de Moughnieh éclaircit le mystère non seulement de la série d'attentats ou de tentatives d'attentats qui a ensanglanté le Liban depuis 2005 mais aussi celui de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. En toute logique, cet acte qui est l'oeuvre du Mossad israélien vise un double objectif: redorer l'image d'un premier ministre israélien ternie par le rapport Vinograd et les ratés de la guerre du Liban et renouer avec la politique de liquidation comme moyen de dissuasion des adversaires d'Israël. Après l'attentat perpétré contre Imad Moughnieh, le premier ministre israélien Ehud Olmert a déclaré qu'il n'avait pas à commenter cet événement alors que les opérations d'assassinat du Mossad sont décidées secrètement en cabinet restreint réuni au sein d'un comité appelé X et sous la présidence du premier ministre qui doit donner son accord sur la liste présentée avec les noms des personnalités à liquider. Rappelons que cette méthode de liquidation de personnalités arabes et palestiniennes remonte aux années soixante-dix du siècle du siècle dernier plus précisément à la période suivant le massacre de onze athlètes israéliens à Munich en septembre 1972. C'est Golda Maier qui a été l'initiatrice de cette politique de liquidation des adversaires à une fin de dissuasion. Le Mossad est ainsi responsable de l'assassinat d'une centaine de personnalités arabes et palestiniens depuis trente ans. Mais cette méthode expéditive de l'assassinat qui, semble-t-il, a été mise en sourdine pendant un certain temps à cause des dissensions à l'intérieur du Mossad, a repris de plus belle depuis l'arrivée d'un nouveau chef, Menir Dogan(61 ans). Un général de réserve qui l'avait connu dans les années quatre-vingts du siècle dernier lui a donné le surnom de Rambo pour ses méthodes de liquidation d'activistes libanais et palestiniens à Beyrouth durant les années 1980. Au cours d'une émission télévisée, ce même général a affirmé que le rambo Menir Dogan partait pour une journée à Beyrouth pour aller assassiner des militants libanais et palestiniens. D'après la deuxième chaîne israélienne, depuis l'arrivée de Dogan à la tête du Mossad, deux cents agents ont donné leur démission pour protester contre la politique aventurière de leur chef actuel. A vrai dire, cette méthode de liquidation des personnalités et des activistes arabes et palestiniens est en effet non seulement aventurière, stérile et contreproductive à bien des égards, mais elle donne des effets contraires à ce qui est recherché au départ, c'est-à-dire la dissuasion et le découragement de l'adversaire. On en a pour preuve, le Hezbollah libanais dont les deux fondateurs Rajab Harb tué dans les années 1980 et Abbas Moussaoui tué en février 1992 avaient été assassinés par les Israéliens, est devenu depuis plus que jamais une organisation puissante politiquement et militairement.
ENJEUX IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES DE L'ASSASSINAT DE MOUGHNIEH
Si la technique de l'assassinat n'a pas tellement d'effets dissuasifs pour les adversaires et stérile politiquement et militairement, elle se révèle cependant une méthode d'une redoutable efficacité pour semer les germes des conflits et pour provoquer des guerres civiles au sein des sociétés multiethniques et multireligieuses comme celles du Moyen Orient. Avant l'assassinat d'Imad Moughnieh, il était difficile de démêler l'écheveau du cycle d'assassinat au Liban depuis la mort de Rafic Hariri en février 2005 tant que les doights accusateurs, relayés par les Occidentaux, étaient pointés sur les Syriens rendus responsables des malheurs du Liban. Cette fausse piste syrienne a été renforcée après chaque assassinat ou tentative d'assassinat par des accusations gratuites sans fondements, bien entendu par les Américains et par les Occidentaux, mais aussi par les chefs des partis libanais hostiles à la Syrie notamment Walid Jounblat et Saad Hariri, le fils du premier ministre assassiné. Mais, depuis le 12 février, le mystère du cycle des assassinats commence à s'éclaircir et il y a tout lieu de penser que leurs vrais commanditaires et leurs vrais bénéficiaires portent la marque du Mossad Israélien dont les opérations visent à déstabiliser le Liban et à provoquer une autre guerre civile au pays des Cèdres conformément à une théorie élaborée par les néo conservateurs américains, disciples du philosophe politique Léo Strauss, celle du « chaos constructeur ». On se rappelle encore la position des USA exprimée par la voix de Condoleezza Rice qui a cautionné la destruction du Liban par l'aviation israélienne au nom de cette théorie du chaos constructeur considéré comme une étape nécessaire dans la naissance d'un nouveau Moyen Orient. Concrètement, le Moyen Orient tel qu'il est aujourd'hui ne répond plus aux impératifs de l'impérialisme du XXIe siècle, car les frontières actuelles des États de la région du Moyen Orient qui avaient été dessinées après la Première Guerre mondiale étaient adaptées au premier âge de l'impérialisme. Elles ne le sont plus plus aujourd'hui. Il faudra donc redessiner une nouvelle carte de la région du Moyen Orient avec des nouvelles frontières et de nouveaux Etats à l'instar de ce qui s'est passé après le traité de Versailles de 1919 pour l'Afrique noire. L'invasion de l'Irak par l'administration Bush est un avant-goût de ce que sera le Nouveau Moyen Orient. La guerre du Liban dite la guerre des 34 jours en juillet-août 2006 qui était prévue de longue date fait partie d'un plan préétabli destiné à remodeler les frontières des pays du Moyen Orient.
Mais redessiner la nouvelle carte politique du Moyen Orient, c'est modifier en profondeur les frontières actuelles des États et pour y parvenir, il faut faire voler en éclat les sociétés actuelles pour les refonder en minuscules États et avec de nouveaux groupes ethniques et religieux plus homogènes. Les Israéliens n'ont d'ailleurs jamais caché leur volonté de démanteler le Liban en créant un mini-État chrétien au Nord et en annexant la partie sud de son territoire. Le déclenchement de la guerre civile libanaise en 1975 faisait partie de ce plan israélien mais on ne parlait pas encore du remodelage des frontières du Moyen Orient. Un autre exemple d'actualité de cette volonté de remodeler les frontières du Moyen Orient, le Soudan, que les Occidentaux cherchent à tout prix à l'amputer de son Sud chrétien, bien évidement riche en pétrole, pour en faire un État croupion semblable à celui du Kosovo, une nouvelle créature de l'impérialisme. Puisque il n'y a rien de nouveau sous le soleil, on reprend finalement les vieilles recettes utilisées par l'Europe au XIXe siècle pour démanteler les empires germanique, russe et Autro-Hongrois et l'empire ottoman. Rappelons pour mémoire que les États actuels du Moyen Orient ont été créés artificiellement à partir de peuples et de groupes ethniques et religieux vivant au sein de l'empire ottoman mais qui avaient été ameutés et encouragés à la révolte contre le gouvernement central turc par les grandes puissances impérialistes du moment, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie au nom de l'autodétermination des peuples et du droit des nationalités. Pour créer les États actuels au Moyen Orient, les Anglais et les Français avaient alors appliqué le principe de diviser pour régner en exploitant les moindres différences ethniques et religieuses entre les différents communautés de l'empire ottoman pour fomenter des troubles et pour semer la zizanie en dressant les Sunnites contre les Chiites, les Musulmans contre les Chrétiens, les Druzes contre les Maronites, les Berbères contre les Arabes etc. Un autre exemple actuel est celui de la Yougoslavie. Pour démanteler la fédération yougoslave à la fin du XXe siècle, les Américains et les Européens ont procédé de la même manière en dressant les Croates contre les Bosniaques, les Bosniaques contre les Serbes, les Albanais contre les Serbes etc. La naissance aujourd'hui de l'État du Kosovo est le dernier acte de cette vieille politique pratiquée depuis le XIXe siècle par les puissances impérialistes, diviser pour régner.
Remodeler les frontières des États du Moyen Orient, c'est aussi neutraliser les forces hostiles et venir à bout des groupes de résistances qui s'opposent au plan du Grand Moyen Orient. Les États et les groupes qui représentent un obstacle majeur à la mise en oeuvre de ce plan, sont actuellement l'Iran, son allié la Syrie et les groupes de résistance du Hezbollah et du Hamas palestinien. Avec ou sans programme nucléaire, l'Iran était déjà en ligne de mire depuis que les néo conservateurs américains et leurs alliés Israéliens commençaient à penser sérieusement au remodelage du Moyen Orient. Faire partir les troupes syriennes du Liban d'une part et dissoudre l'alliance liant Syrie au Hezbollah libanais et l'Iran d'autre part figuraient parmi les actions visant à casser les velléités de résistance à la mise en place du Nouveau Moyen Orient. Il était impératif au préalable de briser à tout prix ce carcan syrien en mettant à feu et à sang le pays des Cèdres conformément au concept forgé par les néo-conservateurs américains, le « chaos constructeur », une politique déjà mise en oeuvre en Afghanistan et en Irak.
La première étape du plan prévoyait le départ des Syriens du Liban pour venir facilement à bout de la résistance et de la capacité militaire du Hezbollah libanais. La décision d'assassiner de Rafic Hariri n'était pas prise au hasard, car ceux qui l'ont prise connaissaient parfaitement la psychologie des foules et les techniques de manipulation de leur psychisme. Rafic Hariri qui avait amassé une fortune colossale en Arabie Saoudite après la crise de 1973 était aimé et respecté de tous, aussi bien des Chrétiens que de ses coreligionnaires. Sa fondation avait distribué dans les années quatre-vingts et quatre-vingts-dix du siècle dernier des centaines de milliers de bourses à des étudiants libanais possédant peu de moyens financiers, partis étudier dans les universités européennes et américaines. Rafic Hariri était devenu aussi le symbole de la reconstruction et de la stabilité du Liban et il était l'ami de tous, aussi bien des Syriens et des Arabes que des Occidentaux. Seul Rafic Hariri pouvait le cas échéant servir d'aiguillon et entraîner l'adhésion des différentes composantes confessionnelles de la société libanaise. Le choix de l'abattre faisait partie d'un plan bien bien conçu et méticuleusement bien calculé avec des experts dans la psychologie collective et les techniques de la propagande. Les détails de l'attentat ont été minutieusement préparés à juger par les premiers slogans qui commençaient à fuser dans les minutes et les heures suivant la mort de Hariri avec un communiqué diffusé par une association liée aux phalangistes et aux gouvernements israélien et américain, l'US Free Committee for Free Lebanon, USCFL, désignant la Syrie comme le seul responsable sans aucune preuve matérielle. Mais avec la désignation du régime Baasiste comme le seul responsable de la mort de Rafic Hariri, c'est le principe fondamental de la propagande hitlérienne qui est mise en oeuvre et qui consiste à ne jeter à la vindicte populaire et à ne désigner pour les masses qu'un seul ennemi à la fois pour démultiplier leur colère et augmenter l'intensité émotionnelle et psychologique de leur décharge. Une fois l'ennemi désigné, il fallait orienter psychologiquement les foules et entraîner la jeunesse libanaise dans la « révolution des Cèdres », une version moyen orientale des techniques de manipulation des foules qui avaient été appliquées avec succès par la CIA et avec les résultats que l'on sait en Serbie pour abattre le régime de Milosevic, en Ukraine avec sa « Révolution orange » et en Géorgie avec sa « Révolution des roses ». Avec le départ des troupes syriennes du Liban au mois d'avril 2005, la première phase du plan a donc parfaitement fonctionné et il fallait passer à l'étape suivante, celle d'en finir avec le Hezbollah libanais maintenant qu'il est seul et qu'il a perdu le soutien de son principal allié au Liban, la Syrie.
Mais cette deuxième phase du plan du Nouveau Moyen Orient a lamentablement échoué grâce à la résistance inattendue du Hezbollah à 34 jours de bombardements intensifs de l'aviation israélienne qui avait largué sur le Liban et les positions du parti chiite l'équivalent de cinq fois la puissance de la bombe d'Hiroshima. Dans l'hypothèse où le Hezbollah ait été défait militairement, la Syrie aurait cédé et en cas de résistance elle aurait subi le sort de son voisin, l'Irak de Saddam Hussein. Il ne restait alors que l'obstacle iranien à éliminer pour que le Nouveau et le Grand Moyen Orient voie enfin le jour.
La guerre du Liban n'a pas seulement entraîné l'échec de la deuxième phase du plan du Grand Moyen Orient, elle a changé l'esprit et les mentalités et elle a laissé des traces indélébiles dans la société israélienne elle-même. Elle a d'abord porté un coup au moral des troupes et à l'image d'un État d'Israël invincible en remettant en cause la crédibilité de ses services secrets de renseignement notamment le Mossad, par ailleurs gros fournisseur d'informations sur les réseaux islamiques aux services de renseignements occidentaux. Parallèlement, la tenue en échec du « pouvoir aérien » et de la technique du bombardement massif continu pour démoraliser l'adversaire ouvre une nouvelle ère dans la tactique et la stratégie militaires dans cette région où les guerres étaient des guerres courtes, des guerres éclair. Pourtant, dans sa guerre contre le Hezbollah, Israël a utilisé la technologie la plus moderne, une technologie dernier cri sortie tout juste des usines d'armement de son allié américain. Dès les premiers jours de la guerre, un pont aérien assurait le transport du matériel militaire pour être utilisé contre les civils libanais. Outre l'incapacité de l'aviation israélienne à mettre à genoux le parti chiite, l'offensive terrestre a été un fiasco total et un véritable désastre avec des réservistes mobilisés sans préparation et jetés sur les champs de bataille, hagards,affolés et désorientés voire recueillis comme des mouches, prisonniers dans les carcasses des chars Merkava assez lourds face à la mobilité des combattants chiites et pourtant considérés par la propagande officielle comme les chars parmi les meilleurs au monde. Face à l'armada israélienne, il y avait 500 combattants mobiles armés des lunettes infra-rouges, des RPG-29 Vampire, des lance-roquettes et des téléphones de campagnes, enterrés dans des zones stratégiques impossibles à détecter. Ce qui est nouveau par rapport aux précédentes guerres classiques où l'on voyait l'aviation bombarder en premier les centres militaires de communication pour couper la chaîne de commandement de l'armée avec sa base. Par sa maîtrise de la technique de la guerilla, le Hezbollah a inventé une nouvelle manière de combattre et a brisé du coup ce complexe de peur face à une armée israélienne réputée invincible, moderne, suréquipée et soutenue par la plus grande puissance militaire du monde, les USA. Si l'État hébreu a pu survivre dans un tel environnement hostile du Moyen Orient et entouré par tant d'ennemis, c'est à cause de cette image d'une armée invincible depuis la guerre des Six jours de juin 1967 et qui a joué un rôle de dissuasion psychologique au point de pousser certains États comme l'Égypte et la Jordanie à préférer la voie des négociations à la guerre pour récupérer leurs territoires perdus en 1967 et en 1973. il est bien connu que quand un peuple est gagné par la peur, il est neutralisé, paralysé, inertie, marqué pour longtemps par l'esprit du défaitisme. Mais la guerre contre le Hezbollah à cassé cette légende d'invincibilité de l'armée israélienne considérée jusqu'ici comme l'échine dorsale et facteur de cohésion de la société israélienne soudée jadis par le mythe d'une armée puissante, crainte et dissuasive. C'est cette image d'invincibilité qui a été écornée et ternie par la dernière guerre du Liban contre le Hezbollah libanais et que l'État d'Israël tente aujourd'hui de retrouver à tout prix et par tous les moyens à la fois pour restaurer la crédibilité de son armée et pour maintenir tout simplement la cohésion interne de la société israélienne. Sans une autre guerre avec une armée victorieuse susceptible de souder un peuple en pleine désarroi et qui commence à douter, c'est la société et l'État d'Israël qui risquent de disloquer et de se désintégrer. La dernière guerre du Liban a laissé un goût amer et des mauvais souvenirs dans la conscience collective israélienne. C'est pourquoi les dirigeants israéliens cherchent à tout prix une autre guerre qu'ils espèrent victorieuse pour en découdre avec le Hezbollah libanais et c'est pourquoi, il conviendrait d'interpréter l'assassinat d'Imad Moughnieh comme une provocation israélienne pour une revanche et pour essayer un affront au peuple juif qui n'a que trop durer. L'assassinat de Moughnieh fait partie d'un scénario à deux actes. Acte I, le Hezbollah réagira pour venger la mort de son principal dirigeant militaire . Acte II, une riposte militaire israélienne avec l'espoir cette fois-ci de détruire l'infrastructure militaire du parti chiite libanais et de restaurer du coup l'image d'une armée ayant perdu la bataille du Liban en 2006 mais pas la guerre. L'issue de la prochaine guerre entre Israël et le Hezbolla paraît plus incertaine et le Tsahal pourrait bien essuyer une deuxième défaite et une deuxième humiliation. Dans ce cas de figure, ce sont les rapports de force qui se trouvent bouleversés sur la scène du Moyen Orient avec les risques de la désintégration et la disparition d'un État croupion créé par la déclaration Balfour en 1917 pour servir de relais de l'impérialisme dans cette région du monde. Quelque que soit l'issue de la confrontation, le Moyen Orient sortira transformé de cette nouvelle épreuve et il va ressembler de plus en plus à la poudrière des Balkans. Le scénario le plus probable, c'est que les USA et leurs alliés européens vont venir au secours d'un « État ami », l'État d'Israël. Nous aurons alors une situation semblable à celle qui avait prévalu au lendemain de la Première Guerre mondiale avec les mêmes systèmes d'alliances mais avec des protagonistes portant cette fois-ci des bannières religieuses, le Croissant pour les musulmans contre la Croix pour les chrétiens. Nous voilà non pas en pleine « Guerre des civilisations » mais dans une guerre des religions, une situation ardemment souhaitée par les néo-conservateurs américains et leur allié israélien. La guerre des civilisations est au fond une version moderne de la doctrine apocalyptique des Croisades opposant les valeurs archaïques des musulmans aux valeurs modernes judéo-chrétiennes. Le tapage médiatique autour de Nasreen Ali et Ayaan Hirsi Ali est l'exemple type de cette guerre des civilisations dans la mesure où ces deux femmes symbolisent la lutte contre les valeurs archaïques de l'Islam. Pour défendre les valeurs de la « modernité » judéo chrétienne, les pays impérialistes, les USA et l'Europe, remuent sournoisement depuis des années voire depuis l'effondrement du communisme, les strates primaires et sombres de la psyché collective de l'homme occidental et préparent psychologiquement leurs opinions publiques par l'instrumentalisation de la religion lors des campagnes électorales et par leurs politiques d'immigration qui désignent à la vindicte populaire, l'immigré musulman comme le seul responsable des malheurs de l'homme blanc et chrétien. Dans son éditorial de ce jour (le 20 février 2008, https://www.alquds.co.uk), le rédacteur en chef du journal Al Qds Alarabi Abdl Al Bari Atwan relève une montée en puissance de l'Islamophobie et recense les principales provocations dont sont victimes les musulmans vivant en Europe.(republication par 17 journaux danois des caricatures du prophète Mahomet, campagnes électorales à tonalité anti-musulmanes comme en Suisse et en Belgique etc.) Il considère que ces provocations pourraient conduire à l'émergence de groupes radicaux de deux côté. Il n'a malheureusement pas décelé la portée véritable de ces provocations qui sont des éléments faisant partie d'un plan de campagne visant à préparer les opinions publiques occidentales à cette future guerre du Moyen Orient. Même un pays comme la France, considéré jusqu'ici comme un pays laïc, a été contaminée depuis des années par cet abominable virus de « la guerre des civilisations » répandu par la politique d'immigration de l'ancien ministre de l'intérieur et actuel président de la République, admirateur de Bush et des conceptions des néo conservateurs américains. Le dernier exemple en date de cette dérive dangereuse a été donné lors du dîner du CRIF au cours Sarkozy annonce qu'à partir de la prochaine rentrée scolaire les élèves du CM2 auront à réciter chacun l'histoire des 11 000 enfants juifs victimes de la Shoa. Au nom du principe de l'égalité de tous les citoyens de la République française, pourquoi ne propose-t-il pas aux élèves des classes CM2, de lire les récits d'enfants maghrébins et noirs victimes du colonialisme français en Afrique du Nord et en Afrique noire? On voit qu'à ce rythme là, la France ne sera plus une république laïque mais une théocratie républicaine.
En définitive, l'assassinat d'Imad Moughnieh pourrait être l'étincelle qui embraserait la région du Moyen Orient comme celui de l'archiduc François-Ferdinand, l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie qui avait conduit au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Car les configurations des forces et des protagonistes en présence sont identiques tant au niveau des systèmes d'alliances que celui des ambitions impérialistes dans une région qui ressemble à bien des égards à la poudrière des Balkans au début du XXe siècle. C'est ce que nous allons voir dans les mois et les années à venir.
FAOUZI ELMIR
MOTS CLES: assassinat Imad Moughnieh, Grand Moyen Orient, CIA, MOSSAD, Guerre des civilisations, chaos constructeur.

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