e shtunë, 21 korrik 2007

PAUVRETE OU PAUPERISATION ?

THE QUESTION : PAUVRETE OU PAUPERISATON ?

« To allow the market mechanism to be sole director of the fate of human beings and their naturel environment… would result in the demolition of society » Karl Polanyi, The Great Transformation.

« Permettre au mécanisme du marché d’être le seul guide du destin des êtres humains et de leur environnement conduirait à la démolition de la société »


Le 8 septembre 2000, l’Assemblée générale des Nations-unies réunie en présence de 189 Etats membres(dont 147 chefs d’Etat) a adopté dans s 42ème session spéciale, la Déclaration des Nations-unies sur le millénaire fixant des objectifs et des moyens pour améliorer le sort de l’humanité durant le siècle qui venait de commencer. Parmi les grands principes proclamés figure celui de l’éradication de la pauvreté par le développement social et la croissance économique.

Le sommet du Millénaire des Nations-unies fixe une date butoir, l’année 2015 et un objectif, la réduction dans une période de 15 ans, la proportion de la population vivant avec un dollar par jour, celle qui soufre de faim et de malnutrition et celle qui n’a pas accès à l’eau potable.

La Déclaration du Millénaire estime à 1,2 milliard d’êtres humains vivant avec moins d’un dollar par jour dont la majorité se trouve dans l’Afrique subsaharienne.

Pour augmenter le revenu de la population pauvre, la Déclaration du Millénaire propose la mise en place des stratégies visant à
1- soutenir les pays prenant des initiatives économiques et sociales dans le domaine de la réduction de la pauvreté ;
2- renforcer les capacités destinées à fournir des aides sociales de base ;
3- aider à établir des données sur la pauvreté pour mieux la combattre.

Mais le revenu n’étant pas la seule mesure de la pauvreté, la pauvreté, c’est aussi la malnutrition, car le pauvre est aussi mal nourri et sujet à des maladies. Selon les estimations, il y avait en 1998, 826 millions de personnes qui ne mangeaient pas à leur faim dans les pays en développement et 11 millions d’enfants mourraient avant d’atteindre l’âge de cinq ans dont 6,3 millions de faim. Réduire la faim, c’est aussi lutter contre la pauvreté en augmentant la productivité du travail et la production alimentaire nécessaire quand on sait que 75% de la population pauvre et mal-nourrie dépend directement ou indirectement de l’agriculture. Une bonne récolte réduit le prix du marché qui est bénéfique pour le pauvre.

Pour lutter contre la faim et la malnutrition, la Déclaration propose des stratégies visant à:
1- Mettre en place de plans nationaux et internationaux de lutte contre
la faim ;
2- s’assurer que l’alimentation, le commerce agricole et les politiques
commerciales contribuent à la sécurité alimentaire de tous grâce à
un système équitable de commerce international ;
3- Continuer à donner la priorité aux petits fermiers et soutenir leurs
efforts pour promouvoir le respect de l’environnement et des
technologies bon marché.

Dernier objectif mentionné par la Déclaration du Millénaire, c’est celui de l’accès à l’eau. Bien que 80% de la population des pays en développement ait accès aux sources d’eau potable, il reste néanmoins un milliard d’êtres humains qui ne peuvent pas se fournir en eau potable et 2,4 milliards d’hommes manquent d’une infrastructure sanitaire. Avec le développement économique et la croissance démographique, la gestion de l’eau et la mise en place d’une infrastructure sanitaire deviennent des priorités.

Les stratégies à mettre en place consistent à
1- accroître les investissements dans les projets de l’eau et dans l’amélioration de l’infrastructure sanitaire ;
2- se mettre à la tâche pour fournir des données sur les ressources hydrauliques lors du sommet mondial sur le développement durable réuni à Johannesburg en 2002.

MOYENS RECLAMES POUR LUTTER CONTRE LA PAUVRETE

Dans la Déclaration du Millénaire des Nations-unies, émerge l’idée que la lutte contre la pauvreté est une œuvre collective et que tous les pays doivent y participer par un moyen ou par un autre. Il y a d’abord les pays en développement qui doivent préparer leur ouverture sur une économie mondialisée pour s’engager dans la voie d’une croissance économique soutenue et durable. Il y a ensuite les pays développés qui doivent soutenir par différents moyens les pays en développement.

Les aides accordées aux pays en en développement doivent revêtir les formes suivantes :
1- Aide publique au développement pour les pays en développement à revenu moyen ;
2- Dons charitables privés(ce sont les termes mêmes de la Déclaration) pour les pays à faible revenu ;
3- Envois de fonds privés des travailleurs iimmigrés ;
4- Investissement étrangers directs privés ;
5- Mise en place d’un système commercial et financier multilatéral, ouvert, réglementé, prévisible et non discriminatoire ;
6- Elimination des principaux obstacles aux exportations des pays en développement(droits de douane élevés et taxes à l’importation et subventions à l’agriculture des pays développés etc.)
7- Elaboration des stratégies permettant aux jeunes de trouver un travail décent et productif ;
8- Disponibilité des médicaments essentiels sur les marchés des pays en développement à prix abordables ;
9- encouragement du secteur privé à faire profiter le monde en développement des avantages des nouvelles technologies, en particulier dans le domaine de l’information et de la communication.

BILAN A MI-PARCOURS ET IMPASSE

Le rapport à mi-parcours présenté le 2 juillet 2007 souligne la réduction de la proportion de personnes vivant dans des conditions d’extrême pauvreté qui est passée d’environ un tiers à moins d’un cinquième de la population mondiale entre 1990 et 2004. Le nombre de personne vivant dans des conditions d’extrême pauvreté en Afrique sub-saharienne s’est stabilisé et le taux de pauvreté a diminué de près de 6% depuis 2000. Toutefois l’objectif de réduction de la pauvreté de moitié ne sera pas atteint en 2015.

Les auteurs du rapport estiment par ailleurs que la réduction de la pauvreté allait de pair avec l’augmentation des inégalités. En effet, la part de la consommation nationale par le cinquième le plus pauvre de la population des régions en développement est passée de 4,6 à 3,9% entre 1990 et 2004. En même temps, les inégalités de revenu se sont accrues en Asie Orientale, en Amérique latine, dans les Caraïbes en Afrique sub-saharienne où le cinquième le plus pauvre de la population ne représente que 3% de la consommation nationale ou du revenu national.

Concernant l’objectif 8 relatif à la mise en commun d’un partenariat mondial pour le développement, le rapport constate que l’aide au développement, loin d’augmenter, a au contraire chuté de 5,1% en termes réels depuis 1997. Les auteurs du rapport mettent aussi en évidence le fait qu’ouvrir les marchés des économies des pays riches n’est pas favorable en soi aux pays les moins développés, car, pour sortir les pays les moins développés(PLMD), de la pauvreté, il fallait compléter l’accès au marché par un important programme d’aide pour le commerce qui, malgré les recommandations de l’OMC, a diminué de 4,4 à 3,3%.

Les Objectifs du Millénaire pour le développement n’ont aucune chance de trouver une réalisation sur le terrain pratique. Non par manque de volonté de ceux qui sont chargés de les suivre et de les mettre en oeuvre, mais parce que les idées et l’idéologie qui les sous-tendent sont totalement erronées. C’est bien de faire le bilan de ce qui a été accompli jusqu’ici entre l’an 2000 l’année de la Déclaration des Objectifs du Millénaire et 20à07. Mais c’est mieux de tirer les conséquences de l’impasse des politiques libérales mises en place par certains Etats membres d’abord comme la Grande Bretagne et les USA dans les années 80 et 90 du siècle dernier, des politiques qui, au lieu de réduire la pauvreté et les inégalités, n’ont fait que les aggraver encore un peu plus. Apparemment, l’Assemblée générale et le sommet du Millénaire n’ont pas retenu la leçon de l’échec des solutions proposées par les politiques libérales en Europe et aux USA dans le domaine de la lutte contre la pauvreté.

De l’aveu même des économistes de l’ONU, les remèdes et les moyens mis en œuvre pour lutter contre la pauvreté par leur organisation sont stériles et contreproductifs à bien des égards. En effet, dans une conférence de presse(UN News 9 février 2007), l’assistant du secrétaire général pour le développement économique, Jomo Kwame Sundaram, estime dans un livre co-édité avec un autre expert du développement Jacques Baudot, que les inégalités ont accru durant les deux dernières décennies, contredisant l’idée selon laquelle la globalisation libérale et la libéralisation économique créeraient un monde équitable meilleur, générateur de plus d’opportunités pour les pays en développement. Les arguments des auteurs vont donc à l’encontre des objectifs et des moyens fixés dans la déclaration du Millénaire qui met l’accent sur le travail décent et productif comme moyen de lutte contre la pauvreté alors que les politiques libérales n’avaient qu’accroître la précarité du travail à cause de la déréglementation du marché du travail. Malgré une lente croissance économique durant les cinq dernières années, il y a eu parallèlement un déclin de l’offre d’emplois stables et un accroissement du nombre d’emplois précaires. C’est l’accroissement des inégalités qui engendre le chômage et donc la pauvreté. La réduction de la pauvreté doit passer forcément par la réduction des inégalités. Les auteurs estiment que quand on parle de croissance économique, il faudra s’entendre sur les éléments composant cette croissance et identifier ses principaux bénéficiaires.

Le partenariat qu’encourage par ailleurs la Déclaration du Millénaire semble être plus stratégique que réellement coopératif ou contractuel. Autrement dit, les pays en développement peuvent parfois en effet accéder sur le marché mondial mais sans se faire beaucoup d’illusions sur les vraies retombées économiques et financières à court et à moyen terme pour leurs populations. Prenons l’exemple de la coopération américano-africaine qui a pris ces dernières années, pour des raisons géostratégiques, une importance capitale. Il est prévu de se tenir les 18 et 19 juillet 2007, à Accra, capitale du Ghana, le sixième Forum de l’Agoa (Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique). Ce Forum de l’Agoa qui groupe 38 pays africains a pour origine une législation lancée en 2000 par Bill Clinton pour permettre aux pays africains d’exporter sans droits de douane sur le marché américain. Le système a été prolongé jusqu’en 2015. Sous l’apparence de la générosité, on décèle la logique perverse d’un système économique dominant qui réduit les pays de la périphérie à n’être que source d’approvisionnement en matières premières pour les pays du centre industrialisés puisque cet accord est dominé, comme par hasard, à plus de 90% par le pétrole. Dans cet accord d’Agoa, il y a environ 6000 produits mais les produits non pétroliers ne représentent que 7% du total des exportations africaines. On constate donc quand une opportunité se présente pour les pays les moins développés pour accéder sur le marché mondial, c’est qu’il y a des arrières-pensées économiques et géostratégiques qui permettent aux pays industrialisés de se procurer une matière première bon marché sans qu’il y ait réellement une contrepartie en termes de bénéfices ou de retombées économiques pour leurs partenaires.

Enfin, ce qui semble le plus absurde dans la Déclaration du Millénaire sur la pauvreté et les moyens de l’éradiquer, c’est que, comme l’a écrit Jean Ziegler, dans son rapport présenté le 17 janvier 2007 sur le droit à l’alimentation devant le Conseil des droits de l’homme, que la famine qui frappe aujourd’hui 854 millions de personnes se produit dans un monde plus que jamais prospère et où les quantités de nourriture produites actuellement suffiront à nourrir 12 milliards d’êtres humains. Le problème n’est donc pas celui des quantités de nourriture disponibles, car il y en a suffisamment, mais celui de leur répartition juste et équitable. Le problème de la faim et de la pauvreté n’est pas un problème métaphysique ; on n’est pas programmé génétiquement pour être pauvre ou riche et on n’est pas programmé génétiquement, n’en déplaise à Sarkozy, pour être ou non voyou ou délinquant sexuel. C’est le système économique actuellement en place qui décide des conditions de départ de la répartition des hommes en riches ou en pauvres. Car, il est mal venu de parler ou indécent de pauvreté dans un monde qui n’a jamais autant produit de richesses et de marchandises capables de satisfaire mille fois les besoins élémentaires des hommes. On est en présence d’un phénomène inédit dans l’histoire, celui de la paupérisation côtoyant un monde de richesses outrancier. Autrement dit, c’est un système de production et de consommation qui, en même temps qu’il produit des richesses ostentatoires, organise en même temps et en toute impunité, l’économie de la rareté et de la privation. Si ce système fonctionnait normalement et logiquement, tous les hommes devraient bénéficier de ses retombées matérielles et immatérielles. Nous ne serions pas là aujourd’hui en train de gloser pour savoir d’où vient la pauvreté au milieu de tant de richesses produites. Or ce système qui produit en même temps des richesses et des inégalités sociales ne doit sa pérennité et sa permanence que sur l’inégalité de la répartition des richesses garantie par le droit de propriété, par l’organisation de la rareté à grande échelle et par la compétition et la concurrence permanente. C’est justement pour rendre une vie sociale possible que l’Etat émerge et se transforme d’un simple veilleur de nuit à l’origine en un Etat social et en Etat-Providence, poussé par les contradictions d’un système économique, en l’occurrence le capitalisme, à intervenir pour rééquilibrer des conditions sociales et économiques inégales et pour empêcher l’instauration de la loi de la jungle au sein des sociétés humaines. Car, cette loi de la jungle existe réellement : elle porte un nom, le capitalisme et un corpus doctrinal et idéologique appelé à légitimer son existence et son fonctionnement, le libéralisme. Si à un moment donné de l’histoire, le degré de paupérisation s’est ralenti, c’est que des règles ont été imposées par l’Etat pour empêcher la guerre de tous contre tous, pour pacifier des relations sociales par essence conflictuelles et pour mettre un frein à la logique du fonctionnement de la loi de la jungle. Au XIXe siècle, les émeutes et les révolutions populaires et politiques étaient fréquences, car il n’existait pas encore une force publique c’est-à-dire un Etat tel que l’on connaît aujourd’hui qui était capable d’amortir les antagonismes de classes et de modérer l’appétit d’ogre des puissants et des plus forts. Puis progressivement, les révoltes populaires et les luttes ouvrières conduisirent progressivement à la codification des lois sociales en réduisant le temps de travail de 12 à 10 heures par jour, 7 jours / 7 jours et en instaurant un système d’assurance et de sécurité sociale en cas de maladie des classes laborieuses. Ces acquis sociaux et démocratiques ont été arrachés par la force, par le sang et la par la lutte du monde du travail. Rien n’a été donné gratuitement, tout a été obtenu par la violence et si le monde ouvrier sur le continent européen avait attendu le système philanthropique et les dons charitables des riches et des puissants, il aurait continué à quémander et à végéter dans son univers de misère et il serait aujourd’hui au même niveau de pauvreté dont sont victimes les trois quarts de l’humanité et l’écrasante majorité des populations des pays en développement. C’est parce que le monde ouvrier dans les pays capitalistes européens était capable de créer des rapports de force favorables à leurs revendications grâce à leur union dans des associations et des syndicats de classe appelés à défendre réellement leurs intérêts face aux capitalistes et aux détenteurs du capital et d’imposer du coup des règles restreignant le fonctionnement de la loi de la jungle capitaliste qu’il y a eu par voie de conséquence une relative redistribution des richesses et un coup de frein à la progression de la paupérisation dans les pays industrialisés. D’ailleurs, et d’une façon paradoxale, c’est cette paix sociale engendrée par la limitation des effets de la loi de la jungle qui assurera la pérennité du système après chaque guerre et après chaque sociale et politique et qui redonnait force et vigueur aux puissants pour réclamer le retour à la dure loi de la jungle. Et il faut bien le reconnaître, ils s’y sont arrivés une fois passée la période de remise en ordre qui avait suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, le général de Gaulle ne s’est pas trompé quand dans un reportage il avait loué les congés pays en disant qu’à leur retour les ouvriers allaient être en forme et contribuer à l’augmentation de la productivité du travail.

INEGALITES SOCIALES ET PAUPERISATION, PRODUIT DES LOIS DE L’ECONOMIE DU MARCHE

La concurrence, la lutte et la compétition ont formé le cœur de la doctrine de Margaret Thatcher devenue depuis l’icône du néolibéralisme avec Ronald Reagan. Pour celle-ci, la compétition a cette vertu centrale, c’est qu’elle permet de sélectionner les meilleurs et éliminer les faibles. Dans un discours, Thatcher dit les choses suivantes « c’est notre travail de se sentir fier de l’inégalité et de laisser libre cours aux talents et aux capacités qui bénéficieront à nous tous».

Le système de compétition inauguré par Madame Thatcher se traduit par le creusement des inégalités sociales et par une paupérisation sans précédent de la société anglaise. La part des profits dans le revenu national a atteint un niveau record alors que la part des salaires a chuté. En effet, durant la période qui précéda l’accession de la dame de fer au pouvoir, une personne sur dix vivait en dessous du seuil de pauvreté. Sous Thatcher, une sur quatre et un enfant sur trois se sont appauvris. Durant les années 80 du XXe siècle, l’ère Thatcher est connue pour la privatisation du secteur public, une politique qui a ensuite gagné toute l’Europe et le monde entier. La privatisation signifie le transfert de la propriété collective entre les mains des actionnaires privés qui imposent leur prix au public. La privatisation c’est la concentration des richesses produites par toute une société entre les mains de quelques nantis. Avec le néolibéralisme, plus vous êtes riche et plus vous vous enrichissez et plus vous êtes pauvre et plus vous vous appauvrissez. Pour mener à bien sa politique de privatisation, Thatcher a démantelé le pouvoir syndical et le nombre d’emploi supprimé dans le secteur public entre 1979 et 1994 a été de 2 millions.

Un autre trait du néolibéralisme de l’ère Thatcher est la rémunération du capital au détriment du travail. Les directeurs des sociétés privatisées ont vu leurs salaires doubler voir tripler. L’écrasante majorité des sociétés est devenue sous contrôle des institutions financières. Sous Thatcher, des larges secteurs de l’industrie, la charbon, l’acier, la construction navale et l’industrie automobile ont été réduits à la portion incongrue. La politique de privatisation de Thatcher peut être considéré comme le plus grand hold up de la fin du XXe siècle sur le travail et des richesses des générations. La même politique a continué avec le travailliste Blair où le nombre d’emplois dans les secteurs manufacturiers a chuté de 5,2 millions à 3,3 millions en 2006. Le British Steel a été racheté par l’Indian Tata, la marque automobile Rover a été liquidée par ses créanciers chinois en 2005 et les 1,3 millions de véhicules sont exportés sous des marques américaine, française et japonaise.

Comme prévu, parallèlement à la destruction de l’industrie anglaise, c’est le secteur financier et parasitaire qui a connu un développement sans précédent. Le capitalisme anglais est devenu une économie de service, une économie de rente comme l’économie française avant la Seconde Guerre mondiale qui était fondée principalement sur les secteurs, bancaire, l’assurance et les services à l’industrie. La croissance économique depuis 1997 n’a été que de 2,8%, beaucoup moins que durant la période de l’après-guerre. Cette année 2007, la croissance atteindra à peine le 2,5% et si cette croissance est rendue possible, c’est au détriment du monde du travail qui a été dépossédé de tous ces acquis sociaux depuis vingt ans. Utilisant l’argument de la compétition internationale et de la délocalisation, les entreprises ont su imposer plus de flexibilité pour augmenter leurs profits. D’ailleurs, des annonces fréquemment publiées dans les journaux économiques comme le Financial Times cherchant équipes et consultant spécialisés dans le dégraissage du personnel des entreprises avec parfois un objectif à atteindre qui est de 20 % du personnel sans porter atteinte à la productivité. On peut facilement imaginer la posture psychologique et psychique et les ennuis physiques de ceux et de celles qui vont être sur la prochaine liste du personne à remercier. Cela engendre la peur et le stress des salariés, c’est le congé maladie longue durée, c’est la dépression. Des études récentes ont montré qu’environ 1,1 millions de personnes sont incapables de travailler à cause des problèmes liés à leur santé mentale, ce qui représente une augmentation notable par rapport au 730 000 personnes recensées en 1997. Le nombre de ceux qui soufrent de stress aigu a triplé atteignant le nombre de 49 000 et ceux qui soufrent de la dépression avoisinent les 501 000 personnes.

Aujourd’hui, le PNB de la Grande Bretagne est considéré comme le cinquième du monde, mais l’inégalité de la répartition de cette richesse est flagrante. 11 millions de personnes vivent dans la pauvreté mais, parallèlement, il n’y a jamais eu autant de concentration de capitaux grâce à des fusions, acquisitions et reprises d’entreprises. On pensait qu’avec Blair et le parti travailliste au pouvoir, l’ère du thatchérisme était finie. Or il n’en était rien. Bien au contraire, Blair a fait encore mieux, c’est-à-dire encore pire pour le monde du travail, en consolidant davantage la loi de la jungle avec l’indépendance de la banque d’Angleterre et la privatisation des secteurs que l’on avait du mal à imaginer se transformer en secteurs marchands comme la santé et l’éducation. En effet, sous le gouvernement du travailliste Blair, des milliards de livres sterling sont parties dans les caisses des entreprises privées chargées de construire des écoles et des hôpitaux. Les secteurs de l’éducation et de la santé ont été soumis aux lois du marché. Les hôpitaux devenant des entreprises privées se sont endettés et certains comme The Hillingdon primary care otn des dettes qui s’élèvent à plus de 54 millions de livres sterling. Des milliers de personnes meurent chaque année par manque d’hygiène dans les hôpitaux. Les écoles sont financées en partie par des fonds privés et par des dons charitables comme ce fut au XIXe siècle avec les sociétés philanthropiques. Un tiers des effectifs scolaires quitte l’école sans qualifications professionnelles, un sixième analphabète et un cinquième ne sachant pas compter. Selon l’OCDE, la Grande Bretagne arrive en 13 place parmi les pays riches pour la part des personnes âgées entre 55 et 64 ayant fait des études secondaires. Pour la tranche d’âge 25-34 ans, son rang dans le classement s’empire puisqu’elle n’occupe que la 23ème position puisque la Grande Bretagne se retrouve derrière des pays comme l’Ireland et la Corée du Sud.

Le chômage touche 1,7 millions de personnes et pour faire abaisser le salaire, 2 millions d’immigrants sont entrés en Grande Bretagne, une main-d’eouvre acceptant de travailler à n’importe quel niveau de salaire. Rien qu’au mois de janvier 2007, 8000 emplois ont été supprimés en Grande Bretagne pour aller dans des pays où la main d’œuvre est bon marché. Les entreprises anglaises préfèrent faire appel à une main d’œuvre qualifiée étrangère réputée plus docile et moins exigeante. C’est un vrai régal pour le capitalisme anglais. Les emplois proposés sont des emplois précaires, travail temporaire et travail à mi-temps et le nombre des emplois à temps plein a baissé de 57 000 durant les premiers quatre mois de l’année 2007. Aujourd’hui, en Grande Bretagne, prise comme modèle économique par les partisans des réformes et des politiques libérales, le bas salaire et la flexibilité du temps de travail sont devenues les normes visant à abaisser le niveau de salaire dans des secteurs comme l’industrie du bâtiment.

The Economist se réjouit, comme pour l’économie allemande(voir plus bas), de la compétitivité des entreprises anglaises à cause de la dérégulation du marché du travail et de la flexibilité, mais il relève aussi un malaise social grandissant et un manque de cohésion. Pour l’hebdomadaire la globalisation a mis à mal des certitudes anciennes: l’emploi est devenu moins sûr, le fossé n’ jamais été aussi grand entre riches et pauvres, entre catégories professionnelles qualifiées et non qualifiées, entre jeunes et vieux. Il y a 150 ans Karl Marx était parvenu au même constat en faisant remarquer que là où il y a accumulation de richesse, il y a en même temps accumulation de misère, du travail dur, de l’esclavage, de l’ignorance, de la brutalité, de la dégradation mentale et physique. Comme le mouvement néo-libéral de la seconde moitié du XXe siècle qui attaquait l’Etat, la pensée keynésienne et les gouvernements sociaux démocrates considérés comme les responsables de la misère et de l’extension de la pauvreté, les détracteurs de Marx au XIXe siècle voyaient dans le progrès du capitalisme, la cause de l’amélioration des conditions de la classe ouvrière et la disparition imminente de la lutte des classes. Aujourd’hui le fossé entre riches et pauvres n’a jamais été aussi grand et surtout depuis la mise en place dans le monde entier des politiques d’inspiration libérale. C’est cette situation ubuesque qui doit nous interpeller tous et qui va nous conduire à nous demander comment on peut continuer dans une voie qui nous mènera irrémédiablement, comme l’a affirmé à juste titre Karl Polanyi, à la démolition de la société.

Nous savons que dans le sillage de Madame Thatcher, il y a eu Reagan. Rappelons quelques uns des effets ravageurs de la politique néolibérale de ce dernier entre 1977 et 1988. Le 10% des américains les plus riches ont vu leur revenu augmenter de 16% et le 5% le plus riche, de 23% et le 1% le plus riche de 50% où leurs revenus sont passés de 270 000 dollars à 405 000 dollars. Le 10% des américains les plus pauvres a vu leur revenu baisser de 15% et ceux qui avaient 4 113 dollars par an n’en avaient que 3 504 dollars. En 1977 le revenu de 1% des familles américaines représentait 65 fois celui des familles les plus pauvres ; dix ans plus tard, l’écart se creusait puisqu’il était devenu 115 fois supérieur.

La société américaine est la société la plus inégalitaire de la planète mais on peut mentionner le cas allemand avec le gouvernement social-démocrate de Schroeder qui a les recettes libérales dans un pays qui était connu pour son modèle social et économique. La démission d’Oscar Lafontaine de son poste de ministre des finances annonce le virage libéral de l’Allemagne.

MIRACLE ECONOMIQUE ALLEMAND TRANSFORME EN CAUCHEMAR SOCIAL

Quand l’hebdomadaire anglais The Economist analyse les politiques libérales qui ont été mises en place partout en Europe, il se montre beaucoup plus nuancé voire très lucide sur leurs effets économiques et sur leurs conséquences sociales à moyen et à long terme. The Economist(12 juillet 2007) fait le bilan de l’économie allemande dont la croissance sera de l’ordre de 2,7% et le chômage en dessous de 7%. Pour l’hebdomadaire, c’est l’Allemagne qui a connu la transformation la plus remarquable puisque, de 1995 à 2000, son PNB a augmenté en moyenne de 1,4% par an et il a doublé durant les premiers quatre mois de l’année 2007. Pour l’hebdomadaire, « Le business allemand se porte spectaculairement bien, le pays est le plus gros exportateur du monde, des profits atteignent un niveau record, la compétitivité s’est nettement améliorée ». Ces succès sont dus à la réforme du marché de travail par le gouvernement Schroeder avec une baisse du taux chômage à moins de 6,4%, l’équivalent du taux de chômage anglais. L’hebdomadaire économique ajoute cependant que si performance économique a été obtenue, cela a été au détriment des coûts du travail, car comprimer le salaire pour gagner en compétitivité n’est pas une solution à longue terme. Mais le credo de l’hebdomadaire comme celui d’ailleurs de l’air du temps et celui de tous les gouvernements européens, c’est qu’il faut absolument pousser encore plus les réformes structurelles pour être en mesure d’affronter la compétition internationale et la globalisation économique. Pour l’auteur de l’article, les réformes radicales qui avaient été réalisées en Angleterre en 1979, aux Pays Bas en 1982 et en Ireland en 1987, au Danemark, en Finlande et en Suède durant les années 1990 ont été faites au bon moment et pendant qu’ il était encore temps. Pour l’Allemagne, la France et l’Italie, il semble que ces pays ont raté le train des réformes et il est trop tard ou il est trop difficile de procéder à des réformes radicales au moment où les dirigeants de ces trois pays sont soumis à de fortes pressions de leurs opinions publiques qui, d’ailleurs, commencent à se rendre compte de la supercherie néolibérale comme le montre le rejet du projet du traité constitutionnel européen par les peuples français et hollandais en mai et juin 2005 qui ne veulent pas de la concurrence parfaite et non faussée proclamée dans ledit projet. Si le projet de traité constitutionnel européen était soumis au vote du peuple anglais, il trouverait le même sort qu’en France et qu’aux Pays-Bas. C’est dire l’ampleur des dégâts psychologiques et économiques laissées par plus de trente ans de Thatchérisme et de Blairisme.

REFORME DU MARCHE DE TRAVAIL ALLEMAND ET SES CONSEQUENCES

Sous cette embellie de l’économie allemande, d’autres analyses montrent plutôt le côté sombre de la politique néolibérale et son potentiel générateur d’appauvrissement généralisé des sociétés développés. Dans un article publié le 12 juillet 2007 sur l’économie allemande, le même The Economist émet des réserves sur le langage des chiffres et sur la manière d’interpréter les termes de la baisse du chômage en Allemagne. Cette mise en question des chiffres du chômage est tout à fait légitime quand on sait que c’est la croissance économique qui engendre la création d’emplois et en l’absence d’une croissance économique battant de l’aile, cela laisse à penser que la déréglementation du marché du travail par les sociaux démocrates a stimulé la compétitivité des entreprises mais au détriment des salaires et de la sécurité de l’emploi. Comme l’a noté The Economist, la baisse du nombre de chômeurs s’est traduite par l’essor d’un nouveau marché parallèle, le marché de petits boulots « the mini-jobs » offrant des emplois à mi-temps et payés pas plus de 400 euros par mois(545 dollars). Ce marché de petits boulots est le monopole de très grosses sociétés de travail temporaire comme la suisse Adeco, l’américaine Manpower et la néerlandaise Randstad. Il existe sur ce nouveau marché, un nouveau créneau appelé le Zeitarbeit spécialisé dans la fourniture aux hôpitaux du personnel temporaire. Une partie des infirmières des hôpitaux, recrutée par l’intermédiaire du système du Zeitarbeit, travaille 3/5ème du temps. L’institution du système Zeitarbeit a précarisé les conditions des travailleurs temporaires, puisqu’un Zeitarbeiter « accepte » de travailler pour un salaire inférieur de 25% par rapport à un employé de travail temporaire soumis aux conventions collectives conclues entre le patronat et les syndicats. Sur les 5200 employés qui travaillent chez BMW, seuls 2500 sont les salariés de cette société et le reste sont des temporaires ou des employés à mi-temps. Les résultats obtenus sont sans appel : dans les six dernières années, la part des salaires dans le revenu national a baissé de 60% à 55%. Cette pression sur les salaires n’a pas eu pour effet d’augmenter la compétitivité de l’industrie allemande mais aussi la compression des coûts du travail en Allemagne qui ont baissé de 20% depuis 2001 par rapport à ceux de l’Italie et de l’Espagne.

Les résultats de ces réformes du marché du capital et du travail se manifestent par des profits record engrangés par les grosses sociétés et une baisse des salaires des employés. La gourmandise d’actionnaires avides de dividendes à deux chiffres met les dirigeants des sociétés sous pression qui sont obligées eux-mêmes de mettre à leur tour la pression sur leurs employés avec à la clef, une compression de leurs salaires. Les dirigeants des grandes sociétés n’hésitent d’ailleurs pas, puisque la recette a été victorieusement testée dans d’autres pays, à utiliser tous les moyens de chantage qui sont à leur disposition, dont le plus redoutable est celui de la délocalisation dans un pays de l’ancien bloc communiste. Les syndicats devenus frileux à cause de cette politique de la peur et de la terreur qui est celle de la délocalisation sont obligés d’accepter n’importe quoi, y compris une réduction de salaires pour leurs adhérents et une augmentation des heures de travail et de conclure enfin des accords de branche prévoyant une flexibilité accrue. De plus en plus de sociétés, notamment dans l’ancienne Allemagne de l’Est ont trouvé la parade pour contourner les anciens accords salariaux. Des sociétés font même travailler leurs salariés 140 heures par semaine. Malgré cette politique de regression sociale sans précédent dans un pays où le monde du travail avait obtenu de haute lutte quelques acquis sociaux, The Economist trouve que le marché n’est pas assez réformé puisqu’il existe encore une loi appelée the Kundigungsschutz, sans doute, une toute dernière loi qui protège le salarié d’un licenciement immédiat par l’employeur et qui coûte quelques centaines d’euros de frais d’avocats lors des audiences devant les tribunaux appelés à statuer sur les litiges relatifs au licenciement. l’hebdomadaire appelle à plus de réformes pour que les derniers obstacles soient levés et que la voie soit grande ouverte à l’emploi et à la croissance.

Comme en Angleterre, les résultats de la politique de privatisation du gouvernement social-démocrate de Schroeder se sont traduits par le maintien d’un chômage de masse, 4 millions en 2002 et par une grande paupérisation de la société allemande puisque le nombre de ceux qui demandent de l’aide sociale a augmenté entre 1970 à 2002 de 1,5 million à 4,5 millions de personnes. Il y a certes une augmentation constante du revenu national allemand mais cette production de richesses ne profite pas à tout le monde. D’ailleurs, le chômage déguisé et la précarité du travail, conjuguées avec la baisse des impôts pour les plus riches et leur aggravation par l’impôt indirect(TVA par exemple) pour les salariées entravent une croissance économique durable du fait du faible pouvoir d’achat des salariés qui représentent 90% de la force productive allemande. Avec les politiques libérales, les économies occidentales sont devenues des économies volatiles et fragiles du fait des investissements à caractère parasitaire et instable ; ce qui entraîne une précarisation du travail, un salaire de plus en plus bas, une sous-consommation et un appauvrissement des sociétés industrialisées. Car, c’est le pouvoir d’achat généré par des emplois stables et rémunérés à sa juste valeur qui relance la consommation et donc la production, devenues le moteur essentiel pour une croissance soutenue et durable. Ce n’est sûrement pas avec une croissance de 2 voire 3% qui va renverser la tendance et qui va donner un chacun ou du moins au plus grand nombre un emploi stable qui est l’antidote de la précarité et du glissent dans l’enfer de la déchéance morale et physique. A quoi sert-il de travailler si l’on n’est pas capable d’avoir un emploi générateur d’un salaire suffisant pour se nourrir et se loger, pour nourrir et loger convenablement sa famille ?

Rappelons enfin pour mémoire un chiffre qui donne à réfléchir à tous ceux qui croient encore aux fallacieuses promesses du néolibéralisme pour résoudre lee problème du chômage et donc de l’appauvrissement. Entre 1950 et 1973, c’est-à-dire avant le déferlement des politiques libérales à commencer par le Chili de Pinochet conseillé par Milton Friedman, en passant par Thatcher en 1979 et Reagan en 1981, il y avait selon les études de l’OCDE, entre 8 et 10 millions de chômeurs dans les pays industrialisées. Entre 1995 et 2000, les pays de l’OCDE comptaient entre 30 et 35 millions de chômeurs. Selon un rapport discutable(car les deux auteurs n’expliquant nullement l’origine de l’aggravation de la pauvreté mais se contentant de la mesurer par des indicateurs et par exposer les mesures des gouvernements libéraux qui gouvernent actuellement l’Europe), publié par la Fondation Robert Schumann sur la pauvreté en Europe, la pauvreté frappe 16% de la population européenne et la Communauté Européenne compte en 2003, 72 millions de personnes vivant en-dessous des seuils de pauvreté. Comment une si grande puissance économique telle que l’Europe a-t-elle pu générer de millions pauvres ?

ORIGINES IDEOLOGIQUES DU VIRUS LIBERAL

Nous avons vu que les politiques libérales mises en pratiques dans le monde entier n’ont fait qu’aggraver les inégalités sociales et l’appauvrissement généralisé de toutes les sociétés sans exception, aussi bien les sociétés du Sud que celles du Nord. il est incompréhensible pour un cerveau humain normalement constitué de comprendre comment des centaines de milliers d’hommes peuvent mourir chaque jour de faim et comment les 2/3 dee l’humanité souffre de la famine dans un monde qui regorge de richesses capables de nourrir deux fois les habitants de notre planète. Et pourtant, c’est une réalité atroce qui est vécue par des milliards d’hommes et acceptée dans l’indifférence générale grâce à ce faux postulat, celui de l’homme, être de besoins doté d’une nature animale qui le prédispose à se comporter comme les animaux dans la jungle. Le néolibéralisme essaie de travestir la réalité de la lutte des capitalistes sur le marché en nous persuadant que notre vie sur terre n’est qu’une guerre permanente de tous contre tous et que toute notre existence est conditionnée par la lutte, la concurrence et la compétition. Les néolibéraux veulent nous faire croire que l’être humain n’a le choix qu’entre deux solutions dans sa vie terrestre : le ZOO ou la JUNGLE.

Pour s’assurer que l’on parle de la loi de la jungle capitaliste et pas d’autre chose, il suffit de scruter à la loupe le cœur même du libéralisme ou du néolibéralisme qui la justifie. Dans les films animaliers, on voit les lions manger des zèbres, des gros poissons avaler des petits poissons, des rapaces sauter sur leurs proies pour les déchiqueter et les dévorer. On voit des animaux se battre contre d’autres animaux pour se partager le butin. Personne ne s’émeut de ce spectacle horrible où l’animal le plus fort arrache avec ses puissantes mâchoires la chaire de sa victime. On considère tout cela comme quelque chose de naturel car elle exprime la loi de la nature où c’est la loi du plus fort qui règle le rythme de la régénération des espèces animales. C’est la loi de la sélection naturelle qui donne un avantage certain à ceux qui sont prédéterminés génétiquement et physiquement pour résister et éliminer tous les faibles. C’est grâce à cette loi implacable que les sociétés animales se pérennisent, car, vu la dureté des conditions qui y prévalent, seuls pourront survivre ceux qui sont capables de se défendre et de sortir victorieux au terme d’une compétition acharnée et d’une lutte à mort.

Figurez-vous cette idée de la compétition et de la lutte pour l’existence n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd et surtout pas dans celle d’un Darwin, citoyen d’un empire où le soleil ne se couchait pas, car apparemment, la main invisible d’un Dieu régissant les lois de l’économie n’était pas assez persuasive pour légitimer la loi de la jungle capitaliste et ses effets ravageurs, la paupérisation et la démolition de la société. L’idée de naturalisation des sociétés humaines a commencé alors à faire son chemin dans les pays capitalistes qui cherchaient désespérément des ingrédients idéologiques susceptibles de justifier le fonctionnement d’un système colonial inique et destructeur et pour les sociétés européennes et pour les sociétés colonisées. Quoi de plus logique que de s’emparer de cet homme providentiel qu’était Charles Darwin qui avait mis à contribution son voyage à bord du beagle pour élaborer sa théorie de sélection naturelle qui, par glissement progressif, a fini par affirmer que les sociétés humaines sont elles aussi régies par la lutte, la concurrence, la compétition et la sélection sociale. D’ailleurs le titre original de l’ouvrage de Charles Darwin est assez révélateur de l’esprit du temps « On the origin of species by means of national selection, or the preservation of favoured races in the struggle for life ». Darwin retrouve dans les bêtes et les végétaux de l’île de Galapagos, la loi de la jungle capitaliste de la société anglaise de son temps avec la division du travail (la diversification), la concurrence, l’ouverture du nouveaux marchés(niches), les « inventions »(variations), et la lutte pour la vie de Malthus. L’époque de Darwin est semblable à l’époque de son illustre compatriote, Thomas Hobbes qui avait déjà professé dans sa philosophie politique que la vie de l’homme de la nature était émaillée de guerres interminables de tous contre tous.

Au XIXe siècle, à l’apogée de la colonisation européenne, le recours à la science des inégalités raciales faisait partie de l’air du temps. Bien avant Darwin, le comte de Gobineau, directeur du cabinet d’un autre descendant de la noblesse française, Alexis de Tocqueville, publiait entre 1853 et 1855, Essai sur l’inégalité des races humaines. Le titre en dit long sur l’état d’esprit des colonisateurs européens dans les pays colonisés et sur l’état de guerre permanent des nations européennes entre elles. L’acte issu de la conférence de Berlin de 1885 qui consacra le principe de généralisation de la colonisation ne mentionna même pas l’Afrique comme si les peuples de ce continent n’existaient pas. Sur les pas de Darwin et de Gobineau, Comme aujourd’hui l’élite intellectuelle qui est bernée par les leurres de la compétition, de la concurrence et de la lutte permanente pour l’existence, l’élite intellectuelle du XIX croyait dur comme fer que la colonisation était quelque de chose de naturel et qu’elle répondait à un plan rétabli lié à la sélection naturelle des êtres et d es espèces. Le sociologue Ludwig Gumplowicz(1838-1909) tira les conséquences logiques du darwinisme en matière de droit et de morale quand il considérait que le droit sert à maintenir les inégalités sociales et la morale à les cautionner, parce que les inégalités sont indispensables au fonctionnement « naturel » de la société. Le droit procède de l’inégalité et tout droit a pour but le maintien et la fixation de cette inégalité par établissement de l’autorité(ou de domination) du plus fort sur le plus faible. La conclusion qui s’imposait d’elle-même : la société doit suivre le modèle de la nature. Cette naturalisation de la société est devenue le maître-mot et le programme du néolibéralisme actuel mais admirablement théorisée par un éminent biologiste de l’époque, Félix le Dantec qui écrivit en épitaphe sur la couverture de son livre « la lutte universelle », la devise suivante « Être, c’est lutter, vivre c’est vaincre ». La même idée de guerre, de concurrence et de compétition entre les êtres a été résumée par la célèbre définition de Bichat « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Le darwinisme a encore été renforcé un peu plus durant les années 1910-1915 grâce à la génétique qui apparaît à la même époque. Les individus vivant dans une société se comportent de la même manière que l’organisme vivant. C’est le plus apte qui survivrait et qui prospérerait qui, comme l’organisme, est obligé de s’adapter sans cesse aux conditions du milieu. Par exemple, les acteurs économiques du marché sont contraints à des adaptations incessantes pour obtenir le meilleur rendement et pour produire des marchandises au moindre coût. Il est normal dans ce processus d’adaptations qu’il y a la guerre de tous contre tous, entre les différents protagonistes du marché et il est encore plus normal et naturel qu’il y ait des vainqueurs et des vaincus, des gagnants et des laisser pour compte. La vie en société comme la vie dans la jungle, c’est la guerre et la lutte pour la survie, et ceux qui restent, ce seront les meilleurs.

C’est ce darwinisme social qui a été l’inspirateur des régimes totalitaires en Europe qui, en exploitant les dégâts psychologiques et la précarisation des classes populaires et des classes moyennes par la crise 1929, pour mettre à feu et à sang l’Europe et le monde avec à la clé, deux guerres mondiales soldées par des millions de morts. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, si vous avez le malheur de prononcer le mot libéralisme ou si vous parlez de l’homo oeconomicus ou de la loi du marché, vous finirez sûrement dans un asile de fous. Mais puisque le capitalisme est un système économique insatiable et énergétivore et ses bénéficiaires sont des revanchards avérés, le répit n’a été que de courte durée et nous revoilà coco avec le « mouvement néo-libéral » américain animé par une clique retranchée au départ dans l’enceinte de l’université de Chicago, animée par un philosophe économiste Friedrich von Hayek et quelques étudiants comme Milton Friedman. Nous aurons l’occasion dans un autre article de soumettre les thèses de ces néo-libéraux au feu de la critique pour montrer que ces inspirateurs de Pinochet, de Thatcher, de Reagan et de toutes les politiques néolibérales dans le monde n’étaient en réalité des imposteurs cherchant désespérément à relooker les idées du darwinisme social du XIXe siècle pour pouvoir les transposer à la réalité de la seconde moitié du XXe siècle. Le comble dans le discours actuel sur les réformes économiques et sur la modernité, c’est que les idées que l’on nous présentée comme nouvelles et novatrices ne sont en réalité qu’une reprise d’un discours déjà entendu datant du XIXe siècle et qui prône le retour à la vieille loi de la jungle qui prévalait dans l’Europe du XIXe siècle avant que les luttes du mouvement ouvrir ne créassent des rapports de force favorables à ses revendications en arrachant par la force et la violence, les principes fondateurs d’un droit de travail et la codification des règles appelées à rééquilibrer autant que faire se peut des rapports inégaux entre l’employeur et le salarié. Puis le monde du travail parvint à arracher une sécurité sociale puis des congés pays etc. En réalité, on aurait du mal à comprendre l’origine du mouvement néo-libéral américain si l’on perdait de vue cette période faste pour le monde du travail au cours de laquelle il avait pu imposer des concessions aux classes capitalistes en Europe et aux Etats-Unis durant les années 1900 avec l’invention de l’impôt progressif, la généralisation de la scolarisation à tous les enfants du peuple et la gratuité scolaire, la victoire sur les deux cents familles et le Front populaire en France, le triomphe du Keynésianisme avec le Welfare State et le New Deal, l’essor de la social démocratie etc. Le FMI et la banque mondiale qui sont devenues par la suite le bras séculier du libéralisme triomphant et du capitalisme sauvage, étaient à l’origine de leur création, des instruments d’inspiration keynésienne destinés à aider à relancer l’économie exsangue de l’Europe d’après-guerre. Si cette Europe de l’après-guerre avait appliqué les politiques néolibérales qui sont aujourd’hui en vigueur dans le monde entier, l’Europe serait aujourd’hui un continent sous-développé peuplé d’hommes et de femmes vivant avec moins d’un dollar par jour et attendant les miettes et les subsides que les sociétés charitables publiques et privées veuillent bien leur donner pour survivre. La politique néolibérale de Reagan a fait des USA un pays sous-développé et délabré malgré sa force militaire et ses richesses colossales. Les cadavres jonchés dans les rues de la Nouvelle Orléans et la quasi inexistence de services publics capables de faire face à la catastrophe naturelle de Katrina en remettant le sort des populations sinistrées à la merci des organismes de charité publics et privés offrent une image d’un pays du Tiers-monde à cause d’un quart de siècle de reaganisme. Et pourtant le monde entier est actuellement prisonnier de cette fumisterie lancée par l’école de Chicago selon laquelle le salut de l’homme et des sociétés réside dans la soumission aux prétendues lois de l’économie du marché.

Si la supercherie néolibérale a pu prendre, c’est grâce à un patient travail de remodelage idéologique et culturel fait d’abord aux USA, puis propagé et relayé par de puissants moyens de diffusion dans le monde entier. Si cette fumisterie a pu se propager à la vitesse du son et de la lumière, c’est grâce à une myriade de fondations américaines et internationales, d’instituts et de fondations de recherche dotés de budgets colossaux pour publier, diffuser et mener une propagande à l’échelle planétaire autour des idées néo-libérales de l’école de Chicago. Des journalistes, des intellectuels, des professeurs d’universités écrivaient des articles pleins de louange de ce mouvement de « renouveau » intellectuel qui place les lois de l’économie du marché et de l’homo oeconomicus au cœur des sociétés humaines. En Europe et en France, les Luc Ferry, les François Furet, les Claude Lefort, les Alain Renault etc commencèrent à sortir de leurs placards, les antiquités et les vieux ustensiles idéologiques du XIXe siècle comme Benjamin Constant et le comte Alexis de Tocqueville présentés comme les « modernes » contre les anciens et les affreux marxistes staliniens, contre les communistes totalitaires liberticides et contre les anciens maoïstes et les soixante-huitards attardés et antihumanistes (Bourdieu, Foucault, Althusser). Puisque les nouveaux prédicateurs et les messies de la loi de la jungle ne font pas les choses à moitié, ils ont mis à contribution des acteurs populaires comme Yves Montand, payé 800 000 francs par la chaîne de Bouygues, TFI pour implorer le monde du travail de se mettre à l’heure du libéralisme, de renoncer à ses vieux privilèges et de se mettre au diet et au régime de l’austérité promise par les politiques libérales, car les ouvriers et les salariés ont trop abusé de leur situation de nantis et de privilégiés. Avec le mouvement néo-libéral de l’école de Chicago et tout le tapage médiatique mené en collaboration avec le monde académique, les mandarins des universités et les grands pensionnés de l presse écrite et audiovisuelle qui ont d’ailleurs tous trouvé leur compte et surtout leur compte bancaire, nous avons le même principe de la propagande politique : une banalité répétée mille fois devient une vérité et une opinion publique dominante. Cette supercherie dure un quart de siècle et il est temps d’en finir une fois pour toutes pour un monde moins atroce et moins pénible surtout pour cette France d’en bas de Raffarin.

Conclusion

Parler de pauvreté n’a aucun sens, car personne ne sera à même de comprendre comment tant de richesses produites depuis des générations ont généré tant de pauvres. Car si le système était logique, une infime partie des richesses aurait éradiquer la pauvreté à sa racine. Mais il ne serait pas très difficile de comprendre la question de la pauvreté si l’on avait déjà compris que le système économique au sein duquel sont produites les richesses est un système qui fonctionne seulement sur la polarisation qui produit des inégalités, sources d’enrichissement de quelques uns au détriment de la paupérisation de l’écrasante majorité. On a tout fait pour parler d’autres choses que de ce fléau qui ronge nos sociétés riches et prospères, non pas la pauvreté mais la paupérisation. Ceux qui contribuent à l’aggraver nous inventent des scénarios catastrophes pour la maquiller, le terrorisme international, l’islamic terror, des mises en scène médiatico-policières à intervalles réguliers. Ils pensent lutter contre ses ravages par des politiques ultra-sécuritaires, des caméras de surveillance à tous les coins de rues(une caméra pour quatre personnes à Londres). Jusqu’ici, leurs stratagèmes marchent admirablement bien grâce aux moyens d’intoxication des masses. Mais pour combien de temps encore ?

FAOUZI ELMIR


Mots-clés : Pauvreté, appauvrissement, ONU, Millénaire, virus libéral, politiques de privatisation.

e hënë, 16 korrik 2007

POUTINE ET LE BOUCLIER AMERICAIN(SUITE)


POUTINE ET LE BOUCLIER AMERICAIN(SUITE)

Le 14 juillet 2007, le président russe Vladimir Poutine a signé un décret de suspension de la Fédération russe du traité sur les armes conventionnelles en Europe, CFE (Conventional Forces in Europe).(sur le décret et le traité sur les armes conventionnelles en Europe, voir article Russie et le traité CFE http://editionssiress.wifeo.com/

Cette décision illustre la volonté de la Russie de prendre au sérieux le déploiement des missiles antimissiles en Pologne et une station radar sur le territoire de la République Tchèque. Apparemment, le sommet dit de Homard du Maine début juillet n’a rien arrangé entre Poutine et Bush et la décision de suspendre les obligations de la Russie prévues par le traité CFE n’est pas surprenant quand bien même l’opinion russe et les médias commencent à réaliser le coup de bluff des pays occidentaux qui en précipitant la dislocation de l’ancien bloc communiste convoitaient en réalité les gigantesques richesses naturelles que recèlent les sous-sols de la Russie et des anciens pays de l’Union soviétique. Des voix commencent à s’élever aujourd’hui au sein de la classe politique et de l’armée pour demander une mise en place d’une stratégie appropriée de riposte à la politique de l’encerclement menée conjointement et par les USA et par l’Otan. La méfiance russe a aussi été ravivée par le retrait des USA du traité sur les missiles antibalistiques pour pouvoir déployer leur bouclier antimissile sur les territoires polonais et tchèque.

L’Otan va se réunir ce lundi pour donner une réponse à la décision de suspension russe. Le porte-parole de l’Otan, James Appathurai considère que le traité CFE est une fondation importante de la sécurité européenne et il conteste lé bien-fondé de la décision de Poutine qui suspend les obligations de la Fédération russe alors que le traité prévoit le retrait pur et simple d’un Etat membre. Cristina Gallach, porte-parole de Javier Solana appelle à la reprise des pourparlers et considère que le traité CFE est fondamental pour la stabilité et la sécurité en Europe. Pour le ministre allemand des Affaires Etrangères, cette décision est un sujet de préoccupation.

Les commentateurs russes saluent la décision de Poutine considérée comme une attitude de fermeté face à la politique de réarmement et de l’encerclement pratiquée par l’Otan et les USA sur les frontières sud et ouest de la Russie. Pour certains observateurs et analystes, la suspension est un premier pas vers un rejet officiel des traités de limitation des armements signés à l’époque de l’Union soviétique. C’est donc un feuilleton à suivre de plus près dans les semaines et les mois à venir.

FAOUZI ELMIR

Mots clés : suspension, traité CFE

e shtunë, 14 korrik 2007

DSK; DEBUT ET FIN D'UNE CARRIERE


DSK EST-IL L’HOMME QU’IL FAUT A LA DIRECTION DU FMI ?


Dans un article intitulé « Fait accompli », l’hebdomadaire anglais The Economist discute du choix de l’ancien ministre socialiste Dominique Strauss Khan au poste de directeur du Fonds Monétaire International(FMI). The Economist rappelle que les Français profitèrent à la fin de la Seconde Guerre mondiale de l’argent du FMI crée en 1944 et que des français le dirigèrent durant une période représentant la moitié de sone existence. L’hebdomadaire rappelle aussi que les compétences linguistiques et professionnelles de DSK et ses idées libérales au sein du parti socialiste le prédisposent à exercer cette fonction.

The Economist critique sévèrement le mode de désignation des directeurs du FMI et de la Banque Mondiale dont le choix relève d’une règle non écrite entre les USA et l’Europe selon laquelle, la direction du FMI revient à un Européen et celle de la Banque mondiale à un américain. Les derniers événements ont montré les limites de ce système de sélection quand Paul Wolfowitz a été contraint de quitter la direction de la Banque mondiale suite au scandale de la promotion de sa secrétaire et du montant de sa rémunératon. L’annonce surprise de l’actuel directeur du FMI, l’espagnol Rodrigo de Rato de quitter son poste à la fin du mois d’octobre trois ans avant la fin de son mandat, est le signe d’une crise profonde de l’institution et ce n’est sûrement pas le choix de DSK qui sera la panacée universelle. Car cette crise va aggraver la crédibilité De l’institution et faire perdre au FMI ses clients traditionnels qui, par manque de confiance, sont tentés de trouver ailleurs leurs propres moyens de financement. The Economist suggère le choix de la Chine pour prendre la direction du FMI, car le poids économique croissant de ce pays et les retombées monétaires des exportations chinoises auraient été un atout pour redonner force et vigueur à une institution en crise. D’ailleurs le directeur actuel l’a bien compris quand il a proposé en septembre de l’année dernière, des réformes à la fois du mode de désignation du directeur et une large redistribution du pouvoir au sein du FMI notamment en proposant d’accorder à la Chine, au Mexique, à la Turquie et à la Corée du Sud, plus de poids dans le vote. Malgré ces réformes, la Chine a encore beaucoup moins de poids que les pays du Benelux. Les prochaines cinq ans seront donc décisives pour tester la patience de ces pays et pour les bailleurs de fonds du FMI.

Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les protestataires anticapitalistes qui demandent la réforme du FMI, ce sont aussi des institutions représentatives comme le congrès des USA comme le montre le rapport de la commission Meltzer publié en mars 2000, un prix Nobel et ancien économiste à la Banque mondiale, Joseph Stiglitz, un ancien chef du FMI, Horst Kohler. De plus le FMI comme la Banque mondiale, créés à la même époque que l’ONU, sont appelés à jouer un rôle dans les stratégies de développement des pays en développement notamment dans le cadre des programmes et des fonds mis en place par le conseil économique et social de l’ECOSOC http://editionssiress.wifeo.com/

DSK, ENJEU DE POLITIQUE INTERIEURE FRANCAISE

The Economist apporte certes un éclairage assez intéressant sur la mission très difficile de DSK à la tête du FMI. Mais l’hebdomadaire anglais n’a pas cru pousser un peu plus loin ses investigations sur les raisons profondes de ce choix. D’abord, situer ce choix dans la stratégie du nouveau président Sarkozy dans une stratégie quinquennale visant à mettre en morceau le parti socialiste avant prochaine échéance de l’élection présidentielle en 2012. Ensuite, faire un remake de l’élection de 2002 quand Jospin a été éliminé au premier tour après une campagne médiatique sur le thème de l’insécurité et l’élection de Chirac avec 82% des voix. C’est du jamais vu même dans les républiques bananières. Le soutien des autres pays de l’Europe à la candidature de DSK à la direction du FMI est une manière pour les dirigeants européens partisans d’une Europe ultralibérale, de soutenir Sarkozy dans sa stratégie du démantèlement idéologique du parti socialiste français, la mise en avant de la frange la plus libérale du parti socialiste et la marginalisation des courants hostiles au seul diktat de la loi du marché. On peut aussi conjecturer que le choix de Sarkozy pour la candidature de DSK au FMI est dictée par la volonté d’écarter un concurrent redoutable, car on ne voit pas comment un DSK soutenu par Sarkozy pour le FMI pourrait se retourner contre son parrain et même s’il le voulait, il ne le pourrait pas, car le mandat de cinq ans du directeur du FMI est celui du président de la république française. On peut même dire que la carrière politique de DSK est pratiquée terminée ou du moins mise en veilleuse pendant au moins dix ans, c’est-à-dire deux probables quinquennats pour Sarkozy. Cela explique aussi le désarroi de la direction du parti socialiste face à l’offensive sarkozienne de débauchage systématique et sa volonté de mettre un frein à cette hémorragie en décidant de suspendre toute personnalité tentée par la prétendue politique d’ouverture du chef de l’Etat.

L’article de l’hebdomadaire the Economist a tout de même le mérite de poser la question du gouvernance du FMI et de son mode de fonctionnement au delà du choix des personnes qui sont appelées à la diriger durant les cinq prochaines années.

FAOUZI ELMIR

Mots clés : The Economist, FMI.

e hënë, 09 korrik 2007

This article stems from the observation of how the mass media have dealing with the London and Glagow’s plots. This event gave us the pretext to analyse and to explain the mainstream devices which are laid down today to control the mass behaviour and to direct his psychism toward a giving direction, that of course of a social and political order.

Cet article est né de la manière dont les attentats de Londres et de Glasgow ont été traités par les mass medias. Il tente de décrire les différents moyens mis en œuvre dans les sociétés actuelles pour orienter socialement et politiquement le psychisme humain .

TECHNIQUES DE MANIPULATION MENTALE

Les projets d’attentats de Londres et de Glasgow ont constitué la matière brute de cet article consacré aux techniques de manipulation mentale des hommes dans nos sociétés actuelles. Le tintamarre médiatico-policier qui a suivi ces événements est un cas d’espèce qui devrait faire réfléchir tous ceux qui s’intéressent à la vie publique, futurs journalistes, sociologues des sciences et des médias, politologues, hommes politiques, décideurs économiques et tout naturellement les services du renseignement militaire et économique.

CARACTERES SPECIFIQUES DU SYSTEME NERVEUX

L’école physiologue russe animée par Ivan Pavlov au début du XXe siècle montre d’une façon scientifique, à partir des expériences sur un chien que le système nerveux est le siège de deux processus antagonistes : la faculté d’être excité et la faculté d’inhiber l’excitation. L’excitation et l’inhibition sont produites par l’irradiation et la concentration dans les hémisphères cérébraux. L’excitation d’un point donné dans les sphères cérébraux s’étend à l’instar des ondes électromagnétiques avec une très grande vitesse sur un vaste rayon. L’irradiation de l’excitation à travers le système de neurones corticaux s’observe dans la psychologie des réflexes conditionnés. L’ablation des hémisphères entraîne la disparition totale des réflexes conditionnés. Si l’écorce cérébrale a la faculté de former de nouveaux réflexes, elle peut être aussi affaiblie par l’irradiation de l’inhibition sur toute la surface corticale, entraînant un état de somnolence. Un excitant thermique dont l’action se prolonge amène le sommeil et une généralisation de l’inhibition interne peut provoquer un ébranlement du système nerveux au moyen d’une excitation trop forte. À ce moment-là, un individu frappé par une parole impérative, un ordre, cet ordre devient irrésistible. Selon Pavlov, la parole, parlée ou écrite, est un excitant conditionnant, formant un réflexe comme n’importe quel excitant. Un réflexe peut se former en partant de l’impression sensorielle d’un objet, comme signal conditionnant et suscitant l’intérêt de le saisir mentalement. Ensuite, sur ce réflexe se greffe un nouveau réflexe formé à partir d’un réflexe précédent(image) et d’un signal conditionnant, la parole-prononcée(excitations auditives) ou écrite (excitations visuelles). Cette parole devient à son tour un excitant déclenchant le réflexe d’origine(représentation de l’objet par l’image). Ainsi des liaisons complexes s’établissent-elles entre les excitations optiques et acoustiques, qu’on produit graphiquement ou vocalement, et des objets et des phénomènes du monde extérieur. Les premiers deviennent des signaux pour les derniers et peuvent les remplacer dans les réactions conditionnées.

L’ATTENTION, BASE PHYSIOLOGIQUE DE LA CONSCIENCE

Les réflexes conditionnés revêtent une importance capitale car ils sont à la base de toute propagande politique qui a partie liée avec le phénomène du sommeil, de l’hypnose et de la suggestionnalibilité. Car la suggestion intervient suite à la parole et à l’émission de l’ordre qui viennent frapper un mécanisme psychique qui se trouve dans un état d’affaiblissement physiologique. L’ignorance est le meilleur milieu pour former des masses se prêtant facilement à la suggestion, laquelle suggestion fait perdre à l’être humain sa conscience, car le degré de conscience de l’homme est en fonction inverse de sa suggestibilité. Pour que la conscience joue, il faut qu’il y ait réaction émotive d’intérêt et une attention sur les actes que nous accomplissions pendant que nous en ayons conscience. L’attention est un processus unifié consistant à sélectionner certains actes, à orienter notre conduite dans un sens et pas dans un autre et à canaliser nos activités dans une certaine direction et pas dans une autre. L’attention est produite par l’excitation à un degré optimal d’une région donnée des hémisphères tandis que les autres régions se trouvent dans un état de veille où l’excitabilité est au minimum. Plus le champ de l’excitation de cette région est grand, plus le champ de notre conscience se rétrécit et plus notre cerveau est inhibé par tout ce qui n’est pas sujet de notre attention. L’intensité de l’attention dépend d’une part des caractères des excitants sonores et visuels et surtout de leur intérêt affectif et d’autre part de l’état du cerveau où la fatigue empêche la concentration.

Il y a deux formes d’attention : l’attention spontanée, automatique, un réflexe provoqué par un stimulus immédiat et une attention dirigée et volontaire qui tient en haleine celui qui est fixé sur une idée et concentré sur un objet. Les hommes perçoivent plus ce qu’ils attendent de percevoir que ce qu’ils veulent percevoir. L’attente a plusieurs sources, l’expérience passée, la formation professionnelle, les normes organisationnelles et culturelles. L’esprit humain n’ayant pas la possibilité de stocker d’énormes quantités d’informations, la perception des hommes se forme à partir d’une infime quantité d’informations qu’ils reçoivent du monde extérieur. La réception des informations en très petites quantités étalées dans le temps facilite l’assimilation de l’information. Seule la distillation par bribes de ce qu’il est convenu de transmettre permet l’efficacité du message. Mais une fois stockées dans le cerveau, les informations ne doivent plus changer et elles ne doivent plus être modifiées. Les stratèges de la propagande politique doivent s’efforcer autant que possible de limiter l’impact les informations adverses et de s’efforcer de maintenir leurs propres informations intactes le plus longtemps possible. Le fait de changer ce qui a été transmis et répété plusieurs fois(plusieurs dizaines voire centaines de fois) a pour effet d’entraver la technique du dressage aussi bien des hommes que des animaux. Une école, comme l’école du cirque, est le lieu de formation des réflexes conditionnés, car la règle générale dans le processus du dressage consiste dans l’association du facteur conditionnant le signal sonore ou acoustique(les mots et les sons du langage pour les êtres humains) et le facteur constitué par un mécanisme inné de peur ou d’appétit. Pour respecter le principe du synchronisme entre le signal et le geste attendu de l’individu ou de l’animal dressé, il ne faudrait rien changer ni aux couleurs, ni aux dispositions des objets. Un autre acteur déterminant favorisant la formation des habitudes et leur automatisme, ce sont le rythme des excitations et les perceptions rythmiques comme la musique. Le cirque use beaucoup de la musique et le roulement de tambours favorise l’exécution du « Pas de l’oie ».

NATURE ET FONCTIONNEMENT DE LA MEMOIRE

Physiologiquement, le cerveau est composé de 10 milliards de neurones capables de stocker des informations. La mémoire fonctionne grâce à des opérations par impulsions électriques entre des neurones. La mémoire est formée de trois éléments : lieu de stockage de l’information, la mémoire du court terme ou short-term memory(STM) et la mémoire du long terme, long-term memory(LTM). Chacun de ces éléments diffère des autres par sa fonction, la forme de l’information retenue et la durée de sa rétention. Le stockage de l’information sensorielle est un processus physiologique où les images des objets sont retenues dans la mémoire pendant un quart de seconde. Ce processus fournit la matière première au cerveau. Le deuxième processus appelé la mémoire courte ou STM reçoit les premières informations pendant quelques secondes ou quelques minutes. Comme la mémoire sensorielle, la mémoire courte retient l’information pendant une courte période. la mémoire courte ne peut pas stocker beaucoup d’information. Par exemple, sur 10 ou 20 noms ou nombres, seules cinq ou six unités sont retenues et généralement celles de la fin. Pour maintenir une information dans la mémoire courte, il faut qu’elle soit soumise à un processus de répétition, appelé « processus of rehearsal », consistant à la répéter et encore la répéter. Pendant la répétition, les gens n’ajouteront pas de nouvelles informations et la somme d’informations retenues dans la mémoire courte est limitée mais une fois retenue, il sera difficile de la changer. Quant à la mémoire longue, ou Long-Term Memory(LTM), la réparation des informations est longue et difficile. Pour restituer les informations stockées dans la mémoire, il convient de restituer le contexte dans lequel elles ont été formées. C’est là que l’on commence à se rappeler, noms, places et événements qui semblaient être oubliés. Une fois les hommes ont commencé à penser à un problème, les circuits mentaux peuvent les réactiver et les renforcer et ce processus facilitera la restitution de l’information, laquelle restitution donnera lieu à la formation du schéma. Un schéma est un modèle de relations entre différentes données stockées dans la mémoire. Pour transmettre les informations de la mémoire courte à la mémoire longue, il est nécessaire de procéder au développement des associations entre la nouvelle information et les schémas déjà établis dans la mémoire.

FORMATION DE LA MACHINERIE PSYCHIQUE

L’école et les méthodes pédagogiques semblables à celles mises en oeuvre à l’école du cirque consistent à préparer les élèves à leurs activités futures dans la société. L’école américaine de psychologie a établi que les préjugés raciaux sont formés chez les enfants dès l’âge de cinq ans. L’excitation verbale dont les élèves font l’apprentissage à l’école est l’excitant conditionnel par excellence qui permet de greffer facilement les réflexes les uns sur les autres. L’imitation est un puissant facteur dans la formation des réflexes chez les enfants où elle joue le rôle de drainage. L’école est aussi le lieu de formation de réflexes dits retardés visant à inculquer aux enfants l’autocontrôle, la maîtrise de soi et la faculté d’attente pour créer le réflexe de se maîtriser dans la vie réelle.

À l’instar de l’éducation qui a pour but de former des réflexes conditionnés mais d’une manière durable, la publicité et la propagande emploient la technique des réflexes conditionnés pour créer, transformer et conditionner des opinions et des comportements. La publicité utilise des informations non pas pour former et convaincre l’homme de la rue et les groupes qu’elle cherche à atteindre par des arguments rationnels mais pour frapper et suggestionner. Elle mise sur l’obsession et cherche à créer le besoin chez celui auquel elle s’adresse. Ce sont les mêmes techniques du dressage dans l’école du cirque que la publicité utilise pour provoquer les réflexes conditionnés de ses destinataires, grâce à la suggestion et la répétition et sous forme d’affiches illustrées. Une compagnie d’assurance-vie cherchant à vendre ses produits joue sur le facteur de la peur et en termes très suggestifs qu’inspirent les dangers de la vie quotidienne et surtout les conséquences désastreuses pour la famille du sinistré.

LES SYMBOLES, LANGAGE DE L’INCONSCIENT

Le symbole peut jouer dans la formation des réflexes conditionnés le rôle de facteur conditionnant qui, se greffant sur un réflexe préexistant, peut à son tour devenir excitant déterminant telle ou telle réaction. En Politique, les symboles représentent des idées, des systèmes ou des doctrines souvent destinées à les rendre accessibles au plus grand nombre de personnes. La propagande politique utilise les symboles par l’image mais aussi les inscriptions, les devises, les pancartes, les défilés etc. Leur utilisation s’inspire de l’exemple de la publicité commerciale qui a pour but non pas tant de convaincre que de déchaîner, par des formules concises et frappantes, les passions des masses et de les mobiliser autour d’un objet ou d’une image. De nos jours, les symboles, pour s’extérioriser, utilisent comme véhicules la radio et la télévision devenues les deux principales techniques de la manipulation mentale. La propagande audio-visuelle à la scène et au cinéma exprime en général les mythes et les stéréotypes d’une société tout en contribuant à les renforcer encore davantage grâce à des acteurs populaires et à des films admirablement bien montés et réalisés. Le symbole est généralement conçu comme une représentation instantanément évocatrice d’une idée ou d’une doctrine ; il est le signe mécanique qui suggestionne les hommes, qui les rallie autour de cette même idée. La propagande politique a son service le journaliste et la presse pour provoquer à dessein des pulsions et des sublimations, pour inhiber des réflexes conditionnés, en désinhiber d’autres, pour en créer de nouveaux et déclencher des actions. Même les journaux soi-disant politiques qui prétendent fournir des informations objectives sur des événements sous forme d’articles et de commentaires font appel à l’émotivité du lecteur en traitant d’une façon tendancieuse l’information donnée, en employant certains mots et certaine terminologie forgés dans la sphère de la politique pour toucher certaines cordes sensibles de l’âme humaine. Par exemple, quand la classe politique traite de la question de l’immigration, la presse fait l’écho de ce thème sans le soumettre à la critique en montrant son instrumentalisation par les partis politiques qui en font leur fonds de commerce électoral et un thème de diversion mis au service d’une stratégie politique visant à flatter les bas-fonds des couches populaires nationales par opposition aux immigrés et à faire remonter ce qui est le plus primitif et ce qui est le plus sombre dans la psyché collective.

TECHNIQUES MODERNES DE MANIPULATION MENTALE OU LA PROPAGANDE TOTALE

Quand on parle d’information dans la presse audio-visuelle, cela donne l’impression que l’on a affaire à l’objectivité et la neutralité bienveillante du journaliste et de la presse. Or c’est là que réside l’erreur monumentale, car l’information est une condition objective de la propagande et de la manipulation mentale des opinions publiques. L’information est bien une technique, certes sournoise, de la manipulation mentale, car elle a pour but d’orienter d’abord l’attention de l’opinion publique vers des questions économiques, sociales et politiques existantes objectivement. Mais c’est la manière dont elle est traitée et analysée par les mass medias qui devient tendancieuse et partisane. Il y a certes un problème d’immigrés et d’immigration dans le cadre de la mondialisation économique, un problème de délinquance et de chômage. Il y a aussi un problème de terrorisme. Tous ces problèmes mis sur la place publique par les moyens d’information des masses sont réels, car, personne ne peut les nier et ils existent objectivement. Mais là où ces informations deviennent une condition de la propagande et de la manipulation mentale des hommes, c’est que ces informations font partie d’une stratégie d’ensemble, de ce qu’il convient d’appeler un plan de campagne. Depuis la Seconde Guerre mondiale et profitant des méthodes trop visibles et autoritaires des régimes nazi et fasciste, c’en est fini avec les anciennes méthodes de propagande fondées sur les principes de l’intimidation à rebours et de la menace. Les techniques modernes de manipulation mentale des masses sont tout autres et elles ont été élaborées à partir de recherches théoriques et d’expériences de laboratoires de recherche de la psychologie sociale. Heurter de plein fouet l’individu dans ses convictions profondes et dans ses sentiments les plus intimes, c’est une mauvaise tactique et qui est contreproductive à bien des égards. Les dernières techniques de la manipulation mentale sont plus douces et plus insidieuses, car elles utilisent le principe de la suggestion et l’appel aux mythes et aux stéréotypes d’une société. Avant de chercher à déclencher les grands mouvements de masses, soit pendant les élections soit pour préparer les opinions publiques à mener des guerres, soit pour faire avaliser des mesures autoritaires, soit pour faire voter des lois autoritaires et de régression sociale et démocratique, les stratèges commis à cette tâche, aidés par des instituts de sondage et d’opinion, mettent en œuvre un plan de campagne comportant les points suivants:
- Production d’études et de monographies sur les groupes d’individus constituant la cible de la propagande : classe d’âge, milieu socioprofessionnel, religion, etc.
- détermination des buts psychologiques à atteindre chez les individus de ces groupes;
- support matériel pour atteindre ces buts
- les organes professionnels spécialisés pour mener les différentes formes d’action
- mode d’organisation des actions dans l’espace et dans le temps
- coordination de ces actions
- contrôle du plan, le suivi de son exécution et les effets constatés ou escomptés.

Tant qu’il existait de nombreux journaux d’opinion, des agences de presse indépendantes, des organes de presse locaux, la manipulation mentale des masses et la propagande politique pouvaient ne pas prospérer car une propagande était susceptible d’être neutralisée par une contre-propagande qui consiste à repérer les thèmes de l’adversaire, les isoler, les classer par ordre d’importance puis les combattre isolément. Mais aujourd’hui, avec la concentration des mass medias entre les mains de quelques groupes financiers et industriels, c’est l’âge d’or de la propagande totale et de la manipulation mentale à l’échelle planétaire. Il n’existe plus en face de ces mass medias, un contrepoids médiatique capable de s’opposer et de mener une contre-propagande dans le grand public pour neutraliser la propagande adverse, attaquer ses points faibles et combattre ses opinions ou pour mettre la propagande de l’adversaire en contradiction avec les faits(notamment avec les thèmes de la délinquance, du terrorisme et de la délinquance). S’il est vrai que les techniques actuelles de manipulation mentale et de la propagande politique diffèrent sensiblement des techniques mises en œuvre par les régimes fascistes et nazis des années vingt et trente du XXe siècle, du fait qu’elles ne sont plus fondées sur les procédés de l’intimidation à rebours et de la menace mais sur le principe de la suggestion, les stratagèmes employés par les meneurs des foules d’hier et aujourd’hui sont les mêmes. Comme Hitler jadis, le meneur d’aujourd’hui emploie le stratagème suivant: il doit suggérer la peur, faire ensuite entrevoir l’issue de la situation dangereuse et proposer d’atteindre la sécurité par les actions qu’il suggère. Pour faire accepter par les masses, une idée ou une attitude, il faut faire référence aux mythes du passé et aux stéréotypes enfouis dans la psyché collective. Toute action efficace de manipulation mentale des foules doit être fondée sur un nombre restreint de mots, de formules tranchantes et concises, des formules qui doivent être enfoncées à grands coups dans le psychisme des masses mises d’avance en état d’impressionnabilité accrue. C’est le principe même de la création des réflexes conditionnés de Pavlov. Pour obvier au danger de la lassitude par répétition, il est à conseiller de varier les aspects des thèmes à l’instar de la publicité commerciale qui, tout en employant toujours l’image de l’objet ou de la personne, varie leur mise en scène ou procède au changement du casting. Une condition essentielle pour garantir une efficacité optimale de la manipulation mentale des masses est la simultanéité et l’uniformité des thèmes en plusieurs endroits d’où la nécessité d’une direction centralisée des actions stratégiques. Cette condition a été remplie aujourd’hui par la concentration des mass medias entre les mains de quelques groupes ou de quelques personnes. Il faut aussi de la permanence dans le temps des actions déjà mises en œuvre, car il est nécessaire de ne pas laisser aux hommes le loisir d’être sollicités ou atteints par les actions d’une propagande hostile ou par les sollicitations de groupes adverses. Hitler disait que la propagande ne doit ni s’arrêter ni chômer, elle doit émettre ses sirènes 24 heures sur 24 heures. Allumez votre radio ou votre poste de télévision à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et vous retrouverez sans problème votre bulletin d’information et vos émissions habituelles souvent en direct souvent en différé. La règle d’or garantissant l’efficacité des techniques de manipulation mentale des masses, c’est de ne jamais laisser le temps de réfléchir à ceux auxquels elles sont destinées, car l’homme commencera à réfléchir dans la solitude et à ce moment là il redeviendra un être humain à part entière en prenant conscience de la vacuité de l’existence humaine, de ses conditions sociales et politiques humiliantes et de la nature perverse des systèmes politiques actuels.

La répétition joue donc un grand rôle dans la formation des réflexes conditionnés. Ce sont la même idée, les mêmes noms et les mêmes événements qui sont répétés une dizaine voire une centaine de fois dans la même journée. C’est la même image qui est reproduite en très grande quantité, placardée à des endroits différents, toujours pareille pendant une période plus ou moins prolongée. Comme la croix gammée, la marque de fabrique d’Hitler qui était le symbole omniprésent dans l’Allemagne d’avant-guerre, à toutes les occasions, sur tous les murs, sur les carrefours, les édifices publics et les rues, la propagande politique d’aujourd’hui utilise la même méthode de répétition où les affiches des candidats couvrent les murs des villes et des villages des mois avant les échéances électorales, accompagnées de leurs slogans et de leurs mots d’ordre. Pour faciliter leur assujettissement aux mots d’ordre et aux slogans des chefs, les électeurs sont soumis des mois durant voire des années, comme on a eu la preuve avec le matraquage médiatique en faveur de Sarkozy(dès 2005), à d’intenses excitations lumineuses et sonores et à des chants et des sonorités rythmées et obsédantes destinées à créer un état de fatigue généralisé.

Parmi les techniques modernes utilisées par les meneurs et par les services des renseignements, c’est l’appel à la morale et à la démagogie sociale. Une technique efficace de manipulation mentale doit être fondée sur l’âme du peuple, sur le sens commun, sur des idées simplistes et communes à la majorité des hommes vivant dans une société donnée. Par exemple, en matière de démagogie sociale, Hitler employa le mot socialisme à côté du nationalisme pour drainer les voix de l’électorat populaire à qui il avait promis l’augmentation de leurs salaires. En 2007, le candidat Sarkozy fait appel à Jean Jaurès et promet aux salariés l’augmentation de leur pouvoir d’achat selon la formule désormais connue « travailler plus, gagner plus ».

Pour garantir l’efficacité des techniques de manipulation mentale, il faut que les groupes cibles ne soient pas démunis ni socialement ni culturellement. Ils faut qu’ils soient formés d’une jeunesse munie d’une culture moyenne et appartenant aux classes moyennes et supérieures. Trois événements politiques majeurs illustrent l’importance de le jeunesse et de son niveau culturel au dessus de la moyenne dans la mise en oeuvre des techniques de manipulation mentale des masses Ce sont les techniques utilisées par la CIA, en Serbie en 2000, en Georgie en 2003 et en Ukraine en 2004. Des spécialistes comme Thierry Meyssan, John Laugland et Tamila Yabrokova ont étudié les différents stratagèmes mis en œuvre par la CIA pour renverser pacifiquement les régimes politiques en Serbie, en Georgie et en Ukraine. Ils ont mis en évidence les techniques similaires utilisées pour la manipulation des masses dans ces trois pays. D’abord ceux qui ont conduit les manifestations des rues étaient des étudiants utilisant les mêmes devises et les mêmes insignes. En Serbie, la contestation contre Slobodan Milosevic fut menée par un mouvement étudiant appelé Otpor(opposition), lié à l’Institut Albert Einstein, une organisation financée par la CIA et animée par le philosophe Gene Sharp qui prônait la désobéissance civile comme une arme politique. Le colonel américain Robert Helvey était le coordinateur au sein de l’Institut Albert Einstein et Paul B. McCarthy, un agent de la CIA, était présent pendant la guerre de Serbie dans un hôtel à Belgrade. McCarthy reconnaît dans une interview au New York Times que le mouvement Otpor avait bien reçu un financement des USA entre 1998 et 2000.

Trois ans plus tard, la même stratégie est mise en œuvre en Géorgie. A Tbilissi, un mouvement semblable à celui d’Otpor se met en marche : le groupe Kmara qui était aussi un mouvement étudiant de Tbilissi utilisant la stratégie de la non-violence pour contester la légitimité de la victoire d’une coalition de partis qui avait remporté les élections du 23 novembre 2003 et qui soutenait le président Edward Chevardnadze. Kmara conduisit au début la « Révolution rose » sous prétexte de fraude électorale, mais contrairement à la stratégie de non-violence proclamée en Serbie, Kmara prit d’assaut le Parlement obligeant le président Chevardnadze à démissionner.

En 2004, revoilà le même scénario qui se rejoue avec le prétexte de la fraude électorale lors des élections de novembre 2004 et la victoire du pro russe, Victor Yanukovich. À l’instar de l’Otpor en Serbie, Kmara en Géorgie, c’est aussi un mouvement étudiant nommé Pora qui prit la tête de la Révolution Orange, mettant ainsi la pression sur la cour Suprême et aidé par la menace de sanction de Powell, pour proclamer la victoire de Yuschenko comme Président de l’Ukraine.

Mas les mêmes manœuvres ont lamentablement échoué lors des élections en Biélorussie qui a déjà compris les stratagèmes mais qui est soumise depuis à des sanctions imposées et par les USA et l’union européenne.

En conclusion, on peut se demander si, avec les propriétés du cerveau humain et du système nerveux tels qu’ils ont été faits, la vie en société aurait été possible. Car il serait insupportable pour un être doué d’une conscience d’accepter de vivre dans une société où ce sont les lois de la domination, de la soumission et de la servitude qui sont le lot quotidien de l’espèce humine.

FAOUZI ELMIR

Mots clés : Techniques, manipulation mentale, propagande.

e martë, 03 korrik 2007

Chimes of Freedom

Chimes of Freedom

e hënë, 02 korrik 2007

CIA : LA PREHISTOIRE

Within few days, precisely in 26th of July, the Central Intelligence Agency(CIA), is going to celebrate its 60th anniversary. The CIA was cretated, as the National Security Council,(NSC), the Armed Forces, the US Air Force, by the National Security Act of 1947. Intending To understand this intricate machinery, we publish a set of articles dealing with the structure and the scope of the CIA. In the present article, we describe the modern forerunners of the american intelligence.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la création de la CIA le 26 juillet 1947, nous commencerons la publication d’une série d’articles sur cette institution hors du commun tant par sa structure et par son fonctionnement que par l’importance de son rôle déterminant tant à l’intérieur des USA que dans l’histoire de la politique étrangère.

CIA : PREHISTOIRE(1)

La préhistoire de la CIA commence avant la Seconde Guerre mondiale quand William J. Donovan fonda l’OSS (Office of Strategic Services) chargé de collecter et de coordonner le domaine du renseignement qui était scindé entre le Secrétariat d’Etat, le ministère de la guerre. La collecte des renseignements se faisait généralement au cours des réunions publiques et occasionnellement par des réunions clandestines et des contacts secrets. Les informations collectées étaient ensuite envoyées à Washington sous forme de rapports pour être étudiées et analysées par deux services spécialisés : les services des renseignements militaires, l’ONI(The Office of Naval Intelligence) et par la division des renseignements militaires du ministère de la guerre, connu sous le nom de G-2). Il n’y avait pas d’échange d’informations entre le Secrétariat d’Etat et le commandement militaire qui avaient chacun ses propres services de renseignements et ses propres procédures de lutte contre l’espionnage.

Dans les années 1930, la peur de la montée des communistes et des fascistes en Europe, à qui on a donné le nom de cinquième colonne poussa Franklin Roosevelt à créer, avec l’aide de deux fonctionnaires anglais John H. Godfrey et William Stephenson, une nouvelle organisation destinée à dédoubler certaines fonctions des agences existantes. Le 11 juillet 1941 il nomma à sa tête William J. Donovan comme Coordinateur d’information (COI, Coordinator of Information) attaché directement à la Maison Blanche. Le COI fut ainsi la première organisation chargée de collecter et d’analyser toute information ou toute donnée relative à la sécurité nationale et de transmettre telle information et telle donnée au Président et aux différents départements d’Etat. Le COI se transforma vite en une unité de coordination chargée d’organiser la recherche, le renseignement, la propagande, la subversion et les opérations commando considérés comme les nouveaux moyens de la guerre moderne. Parmi l’œuvre novatrice de Donovan fut la création d’une nouvelle unité spécialisée dans l’espionnage financée sur les fonds propres de la Présidence.

Donovan recrutait ses agents parmi ceux qui voyageaient à l’étranger et parmi les étudiants les plus brillants formés dans les prestigieuses universités américaines de la cote Est, parmi les étudiants des grandes écoles qui apportaient avec eux une solide formation théorique et une discipline académique. Entouré de toutes ces compétences, le COI créa son propre centre de recherche, la R&A(Research and Analysis Branch). Donovan voulait tester son hypothèse de départ selon laquelle les problèmes du renseignement peuvent être résolus grâce à des recherches dans les librairies, les journaux, les ministères du gouvernement et l’industrie. Il suffit de mettre un peu d’ordre dans tous ces matériaux et documents dispersés pour obtenir les résultats souhaités. Après l’entrée des USA dans la guerre en décembre 1941, le COI était placé sous l’autorité d’une organisation militaire, le (JCS) Joint Chiefs of Staff et dirigé par le brigadier chef Walter B.Smith. Tout en maintenant le service d’information étrangère du COI en dehors de l’influence militaire, le président Roosevelt scinda le COI en deux parties : l’une était placée sous l’autorité militaire du nouveau Office of War Information et l’autre partie du COI changea de nom le 13 juin 1942 en devenant l’OSS(Office of Strategic Services). Un mois plus tard, l’OSS se vit déchargé de toute responsabilité dans l’acquisition et le décodage des plus importantes sources de renseignement : les communications interceptées de l’Axe en lui confiant seulement la lecture des messages allemands interceptés du service allemand des renseignements, ULTRA. Face à l’opposition du FBI, du G-2 et d’ONI d’opérer dans l’hémisphère ouest, l’OSS de Donovan se contenta de mener des opérations en Afrique du Nord en envoyant sur place une dizaine d’officiers nommés « vice consuls » pour préparer le débarquement des alliés dans le cadre de l’opération TORCH en novembre 1942.

A la fin de 1944, l’OSS employait presque 13 000 hommes et femmes et Donovan dirigeait 1000 officiers, environ 7500 travaillant à l’étranger et 4500 étaient des femmes. Dans le budget de l’année 1945, l’OSS avait dépensé 43 millions de dollars portant au bout de ses quatre années d’activité à environ 135 millions de dollars, l’équivalent de 1,1 milliards de dollars actuels)

COLLECTE DE RENSEIGNEMENTS DE L’OSS

A- Research and Analysis Branch(R&A)

Inspirée par la vision de Donovan, l’OSS fonda un service Resarch and Analysis Branch(R&A) dirigé par un historien de l’université de Harvard et groupant 900 membres. La R&A recrutait dans toutes les disciplines académiques surtout des historiens, des économistes, des politologues, des géographes, des psychologues, des anthropologues et des diplomates. Des professeurs affluaient de toute l’Amérique pour contribuer aux efforts de guerre grâce à leurs connaissances académiques. Parmi les hommes connus, il y avait Arthur Schlesinger, Jr, Walt W.Rostow, Herbert Marcuse, Gordon Craig, John King Faibank, Sherman Kent. Parmi les vétérans de la R&A, il y avait sept présidents de l’American Historical Association, cinq de l’American Economic Association et deux prix Nobel.

Grâce aux renseignements fournis par son unité, Enemy Objectives Unit(EOU), les bombes alliées purent détruire les usines de fabrication des avions allemands à la fin de 1943 et début 1944. Le rôle de l’EOU fut aussi l’identification des lieux de stockage des carburants dont la destruction avait permis de clouer au sol les avions mais aussi des milliers de chars et de transporteurs de troupes faute de diesel et de gasoil.

B- Special Operations Branch(SO)

Cette branche était spécialisée dans l’organisation des campagnes de guérilla en Europe et en Asie. Le travail de cette unité avait été inspirée par les expériences anglaises dans le domaine de la guerre psychologique « psychological warfare ». Entre l’occupation de la France en 1940 et l’invasion de l’Union soviétique en 1941, les Anglais avaient mené dans le cadre de leur service, Special Operations Executive(SOE), une série d’actions allant du sabotage, à l’espionnage, aux opérations commandos et à la guérilla urbaine à l’intérieur des territoires occupés pour faciliter l’avancée des armées alliées. En 1942, l’OSS avait participé au côté des Anglais dans ces opérations de « subversion » au moment où la Special Operations Branch(SO) collaborait étroitement au côté de la SOE dans l’unité spéciale appelée Jedburg parachutée en France durant l’été 1944 pour appuyer le débarquement des alliés en Normandie. Les Jedburgs qui avaient rejoint la résistance française étaient formés de 93 groupes composé chacun de trois hommes : un membre de la SO, un officier anglais et un spécialiste de la radio appartenant la France Libre du général de Gaulle. Après leur parachutage, les Jedburgs aidèrent par leurs renseignements, l’avancée des troupes alliées. Parmi les membres de la SO, il y avait une femme, Vriginia Hill qui débarqua en France en mars 1944 et qui aida la résistance française en dressant la carte des zones de parachutage des vivres et des commandos venant de l’Angleterre.

Les groupes opérationnels de l’OSS combattirent en France, en Italie, en Grèce, en Yougoslavie, en Birmanie, en Malaisie et en Chine. En 1943, une unité spéciale the Morale Operations Branch(MO), se détacha de la SO pour s’occuper de la propagande « noire », « black » propaganda, une unité spéciale chargée de démoraliser les troupes allemande et japonaise et de soutenir la morale des résistants civils contre leurs gouvernements à Berlin et Tokyo. Les méthodes suivies par la MO consistaient à propager des rumeurs sur la santé de Hitler, distribution des tracts subversifs, collage d’affiches et slogans. A la fin de la guerre, la MO et des agences civiles et militaires persuadèrent les décideurs à Washington que la guerre était aussi bien psychologique que militaire et économique.

ESPIONNAGE ETRANGER

En 1942, William Donovan créa au sein de l’OSS, la Secret Intelligence Branch(SI) pour mener des opérations d’espionnage et de collecte de renseignements à l’étranger. Dirigé en 1943 par l’avocat Whitney H. Shepardson, la SI se transforma à la fin de la guerre en un service de renseignement étranger ayant des branches en Europe, en Asie et au Moyen Orient.

Allen W. Dulles qui dirigeait la branche Europe à Berne en Suisse, à partir de novembre 1942, fit appel au service de renseignement militaire français pour lui fournir des rapports sur le déploiement allemand en France ; Il établit des liens avec des émigrés allemands et des mouvements de résistance et même avec des officiers de renseignements nazis. Dulles avait même été contacté par un haut fonctionnaire du ministère allemand des affaires étrangères, Fritz Kolbe, qui proposa sa collaboration par l’envoi des rapports de Berlin. La collaboration de Kolbe permit même de démasquer un espion allemand « Cicero » travaillant comme domestique à l’ambassade Britannique en Turquie.

Les activités secrètes de la SI ne s’arrêtèrent guère aux capitales étrangères mais elles s’étendirent aussi sur le territoire de l’Allemagne nazi. La branche londonienne de la SI dirigée alors par William J. Casey trouva des « volontaires », environ 200, parmi les prisonniers de guerre de l’Axe, qui avaient été transformés en agents de renseignements, formés et équipés avec du matériel et de faux documents puis introduits secrètement en Allemagne durant les derniers mois de la guerre. Ces agents s’établirent dans les différentes villes allemandes, à Brême, Munich, Dusseldorf, Essen, Stuttgart, Vienne et même à Berlin. 36 agents furent découverts et tués mais leurs renseignements collectés sur des objectifs militaires et industriels avaient aidé les armées alliées dans leur assaut terrestre sur l’Allemagne nazie.

William Donovan ne s’intéressa pas seulement à l’espionnage mais aussi au contre-espionnage. C’est pourquoi il créa au début 1943 au sein de l’OSS, une unité de contre-espionnage, appelée X-2. Sa mission consista à aider les services de sécurité britannique dans l’interception des messages du service de renseignement allemand ULTRA. Grâce au professionnalisme du chef de la branche italienne de X-2 à Rome, James J. Angleton, les services de contre-espionnage américains purent exploiter utilement les informations de ULTRA.

Pour ses missions secrètes, le général Donovan se dota d’une technologie de pointe grâce à des ingénieurs et des techniciens groupés dans une branche spéciale de l’OSS, Research & Developement Branch(R&D), une unité fut confiée à un chimiste de Boston, Stanley P. Lovell. Les produits fabriqués étaient des pistolets silencieux, des minuscules caméras, des balises électroniques et des téléphones portables, notamment le « Joan-Eleanor » qui permettait aux agents de converser en toute sécurité avec un avion volant très haut. La R&D avait produit également une myriade de documents destinée aux agents qui se trouvaient en terre ennemie pour changer leur identité. Des cartes de ration, des permis de travail et des cartes d’identité et même de la monnaie allemand et japonais avaient été secrètement collectés et reproduits à l’identique puis distribués aux agents chargés de leur future mission. L’apparence physique avait requis un intérêt particulier et devait être méticuleusement préparée. Par exemple, chaque agent devait porter des habits conformes aux traditions vestimentaires du secteur dont il avait la charge. Ses lunettes, sa brosse à dents, son rasoir, sa trousse à toilette, sa valise de voyage, ses chaussures devaient correspondre exactement à ceux du pays à espionner. Les projets de sabotage et les infiltrations côtières donnèrent lieu à la création au sein de l’OSS, de la Marine Unit, une section indépendante utilisant des bateaux spécialement équipés et munis d’explosifs, de montres imperméables, de compas, d’aquaplane gonflable et motorisé et de canoë kayak pour deux personnes.

FIN DE L’OSS ET DEBUT DE LA CIA

L’OSS fut un lieu de formation et un laboratoire d’expérimentations pour les futurs directeurs de la CIA. Parmi eux, on trouve, Allen Dulles, Richard Helms, William Colby et William Casey. Curieusement l’homme qui avait fondé l’OSS, en l’occurrence William J.Donovan, ne fit pas la transition entre l’ancienne et la nouvelle institution. Soudainement sur ordre du président Truman, la dissolution de l’OSS avait été décidée le 1 octobre 1945 et son unité Research & Analyse Branch fut rattachée au Secrétariat d’Etat. Les SI et X-2 furent récupérés par le département d’Etat à la Guerre. Certes l’ère de Donovan avait pris fin mais un de ses amis, John J. Mcloy avait pu sauver les SI et X-2 qui avaient intégrés dans une nouvelle structure la « Strategic Services Unit »(SSU). Le personnel des SI et X-2 avait été affecté à une nouvelle organisation, le CIG (The Central Intelligence Group) transformé en 1947 par le NSA (National Security Act) en CIA(Central Intelligence Agency). Certes, la CIA n’était plus l’OSS mais sans le travail accompli durant des années par Donovan, et ses équipes avant et pendant la guerre, l’administration Truman aurait probablement mis des années avant de créer une nouvelle organisation du renseignement. Même des décennies après sa dissolution, l’OSS continue à inspirer toute réforme et toute réorganisation comme le prouve la création par le Pentagone en 1987, de l’USSOCOM, the US Special Operations Command, une structure inspirée par la doctrine de Donovan qui concevait les opérations spéciales comme faisant partie des opérations militaires régulières. Pour mener à terme ses activités, la CIA s’inspire aujourd’hui de deux principes jadis défendus par le Général Donovan à savoir le renseignement intégré et la mise en œuvre des moyens et des méthodes non conventionnels.

FAOUZI ELMIR
MOTS CLES : renseignement, OSS, Donovan.

ATTENTATS LONDRES:MISE EN SCENE MEDIATICO-POLICIERE


« ATTENTATS » DE LONDRES ET DE GLASGOW : MISE EN SCENE MEDIATICO-POLICIERE

Le mercredi, Tony Blair cède sa place à son ami e son ministre de l’Economie Gordon Brown. Le Vendredi matin, trois soldats britanniques ont été tués en Irak et dans l’après-midi même, on annonce trois attentats déjoués, deux au centre de Londres et un contre une terminale de l’aéroport de Glasgow. Tous ces événements n’ont apparemment pas de relations directes entre eux et pourtant à les scruter à la loupe, on découvre qu’ils font partie d’une seule et même stratégie menée de concert avec les médias locaux et internationaux, Scotland Yard et les services secrets anglais et américains. Depuis le 11 septembre 2001, les attentats de Madrid et de Londres, les deux gouvernements britannique et américains qui occupent actuellement l’Irak tentent de mettre en place une stratégie visant à montrer leurs muscles pour prévenir d’éventuels attentats dont les seules victimes sont et seront malheureusement non pas ceux qui ont déclenché la guerre d’Irak et qui ont attisé du coup les flammes du terrorisme international, mais les simples citoyens qui ont ou qui auront à payer le prix fort pour les politiques erronées de leurs propres dirigeants politiques.

ATTENTATS DE LONDRES ET DE GLASGOW : DES POINTS D’INTERROGATION

Les deux attentats du centre de Londres ont raté mais la couverture médiatique anglaise relayée par les mass-medias internationales était d’une telle ampleur que l’on a cru regarder le film Apocalypse now. Le mode opératoire est le même : explosifs et clous devant une discothèque. Les caméras de télévision arrivent et filment les voitures bourrées d’explosifs. Une première question se pose : tout le monde a vu la voiture, mais qu’est-ce qui prouve qu’il y avait des explosifs à bord ? Même si nous admettions que les explosifs existaient réellement dans la voiture, qu’est ce qui prouve que ce sont des terroristes qui les ont posées et non pas la police elle-même à des fins de manipulation de l’opinion publique ? Ce sont des questions que tout un chacun a le droit de se les poser.

La troisième voiture qui a heurté un mur de l’aéroport de Glasgow était en flamme. C’est tout de même curieux qu’une voiture en proie à des flammes d’une telle intensité n’ait pas explosé. Son conducteur était muni d’une ceinture bourrée d’explosifs n’a pas explosé lui non plus. C’est du jamais vu dans l’histoire de la chimie où des explosifs restent indifférents à la température et à la chaleur. Cette histoire à dormir débout dépasse tout entendement humain et il y a fort à parier que là aussi, c’est plutôt un coup monté par le police anglaise et par les services de renseignements anglais et américains.

On ne peut qu’émettre des doutes sur la réalité de ces attentats, car l’histoire passé nous a appris beaucoup de choses. Ceux qui commettaient ce genre d’attentats étaient d’habitude des Kamikazes qui fonçaient tout droit vers leurs cibles avec leurs voitures bourrées d’explosifs à l’inétrieur desquelles ils périssaient sans se poser trop de questions sur leur destin terrestre ou céleste. C’est exactement la scène habituelle à laquelle tout le monde assiste quotidiennement en Irak et en Afghanistan et comme on l’a vu à Londres le 7 juillet 2005 quand les auteurs ont péri en même temps que leurs victimes. Ce sont des personnes déterminées et motivées par des raisons religieuses qui les empêchent d’hésiter ou de faire les choses à moitié, regarder une voiture exploser sans mourir dedans. Un membre confirmé appartenant à une organisation terroriste ne se sépare jamais de son véhicule piégé. En outre, les organisations terroristes ont acquis une grande expérience dans le maniement des explosifs et une grande partie de leurs partisans, en ayant l’exemple des pirates de l’air qui avaient fait effondrer les tours du World Trade Center, appartient à une élite intellectuelle munie d’un bagage technique, fortement politisée et anti-occidentale. La guerre en Irak leur a apporté une foule de connaissances techniques et une bonne compréhension de la psychologie guerrière de leurs adversaires pour comprendre leur stratégie et leur tactique et pour mieux peaufiner leurs propres ripostes. Il est bien clair que les gouvernements britannique et américain savent parfaitement qu’ils n’y peuvent rien contre cette nouvelle forme de guerre, la guerre asymétrique où les protagonistes n’utilisent pas les mêmes armes pour se combattre. L’expérience montre aussi que les attentats commis par les organisations terroristes sont exécutés soit simultanément dans plusieurs endroits différents soit dans des lieux très fréquentés comme les transports urbains et ferroviaires.

OBJECTIFS POLITIQUES ET SECURITAIRES DE LA MISE EN SCENE MEDIATICO-POLICIERE

Cette mise en scène médiatico-policière répond à des objectifs politiques et sécuritaires bien précis. D’abord politique, car cette opération s’apparente à un coup monté et orchestrée sciemment par les services de renseignement britannique et américain pour détourner l’opinion publique britannique des victimes britanniques qui tombent quotidiennement sur le théâtre des opérations militaires en Irak et en Afghanistan sans que le commun des mortels ne sache la finalité de ces guerres. C’est aussi pour détourner l’attention de l’opinion publique britannique de la question du retrait des troupes dans ces deux pays pour l’orienter vers la question du danger de l’intégrisme islamique sur le sol britannique. L’administration Bush craint fortement que le gouvernement de Gordon Brown ne retire ses troupes de l’Irak et de l’Afghanistan comme l’avait fait le gouvernement socialiste de Zapatero après la défaite électorale de l’ami de Bush, José Maria Aznar qui a voulu manipuler son opinion publique en l’orientant vers la piste de l’ETA suite aux attentats de Madrid de mars 2005. Ce coup médiatico-policier avait aussi des objectifs sécuritaires visant a donner de temps en temps un coup de pied dans la fourmilière islamique et intégriste en Grande Bretagne, question de lui rappeler qu’il est sous surveillance et par les caméras et par la police et qu’il lui est très difficile d’opérer sans être pris dans le filet. C’est aussi l’occasion de détourner les nouvelles lois antiterroristes pour maintenir la pression sur des individus soupçonnés de complaisance ou d’aide à certains groupes islamiques radicaux. Toutes ces gesticulations médiatiques s’apparentent aux nouvelles techniques mises en œuvre par les gouvernements européens pour lutter contre le terrorisme. Mais on ne peut que douter de leur efficacité à moyen et long terme, car ceux qui mettent en œuvre ce genre d’opérations ignorent ou feignent d’ignorer que la guerre d’Afghanistan et d’Irak a ouvert une boite de pandore qu’il est très difficile voire impossible de refermer et surtout pas avec une telle mascarade médiato-policière.

FAOUZI ELMIR
MOTS CLES : Attentats, medias, police, Londres, Glasgow